Nous n’avons plus de temps à perdre, il faut verdir nos villes, et vite. C’est d’ailleurs sous ce titre très évocateur — No time to lose - Green the cities now —, que la Dre ​Matilda Van den Bosch a soumis son article scientifique à la revue Environment Interntional qui l’a fait paraître en février dernier.

De son propre aveu, Matilda Van den Bosch mentionne que cet article est probablement le moins scientifique qu’elle ait publié dans sa carrière, en ce sens où elle y va d’affirmations bien appuyées par ses convictions. Autrement dit, elle avait un message à faire passer.

Présente lors de la Conférence canadienne sur les forêts urbaines en septembre dernier à Laval, la conférencière a fait justement part à son auditoire de quelques-unes de ses frustrations concernant les traditions des publications académiques. « On indique tout le temps que nous avons découvert quelque chose, que ce quelque chose pourrait, possiblement, être la cause de l’objet de notre étude, mais qu’il faudrait faire des études supplémentaires pour en avoir la certitude. Ce n’est pas avec ce genre de message que l’on arrivera à convaincre nos politiciens ! », a-t-elle lancé.

Cesser d’être diligent

Dans une autre vie, Matilda Van den Bosch était médecin généraliste. Aujourd’hui, elle travaille aussi dans la forêt, avec les arbres. Selon elle, il est primordial de comprendre les deux domaines.

« Nous devons comprendre que sans arbres sains, nous n’avons pas de population en santé. Nous ne survivrons pas sans l’écosystème autour de nous, mais l’écosystème nous survivra », indique la chercheuse.

Selon Matilda Van den Bosch, détruire la nature, c’est pratiquement comme détruire notre propre système immunitaire. On finira par souffrir terriblement du manque de service que nous offre la nature. C’est déjà d’ailleurs le cas avec la pollinisation et le déclin mondial des insectes pollinisateurs. Ce qui est paradoxal quand même, car les êtres humains sont arrivés à devenir de plus en plus en santé, mais en payant un fort prix pour la nature et la planète que l’on exploite en retour, souligne-t-elle.

« Et malgré tout, on continue de prendre des précautions, de faire des études pour se demander quel genre d’arbre avons-nous besoin pour reverdir un lieu, etc. Contentons-nous plutôt de le planter ! On fait trop d’analyse, notre comportement est trop anthropocentrique », fait-elle valoir.

Changer de paradigme

« On a longtemps pensé en médecine que la santé des populations n’avait rien à voir avec l’environnement. C’est du moins ce qu’on m’a appris. On ne pouvait pas être aussi dans le champ », enchaîne la conférencière.

Les maladies auxquelles on fait face aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’il y a 100 ans. « Elles sont beaucoup reliées à nos styles de vie : maladies mentales, trouble du développement chez les enfants, etc. Il faut dire que l’on est plus nombreux à vivre en ville. Il s’agit sûrement là encore de spéculation, certes », envoie Matilda Van den Bosch, avec un brin de sarcasme.

Pour faire en sorte que l’on comprenne que les arbres, et plus généralement l’environnement, sont importants pour la santé des populations, il faudra arriver à changer le schéma que nous avons de la représentation de notre écosystème.

« Dans les représentations actuelles, nous plaçons les gens au centre, ensuite les communautés, le style de vie, l’économie locale, et l’environnement vers l’extérieur dans des cercles concentriques. Ce schéma est un peu à l’envers ! C’est l’environnement qui devrait être au centre de tout », fait valoir la chercheuse.

Passer des publications à l’action

Bien entendu, en tant que scientifique, Matilda Van den Bosch a appuyé son argumentaire sur des articles publiés par ses pairs.

« Dans une étude publiée en septembre 2016, la professeure Barbara Maher de l’Université Lancaster, au Royaume-Uni, a découvert des quantités abondantes de nanoparticules toxiques provenant de la pollution atmosphérique dans des cerveaux humains. Dans une étude datant de 2008, d’autres chercheurs ont déterminé que si tous les toits et les murs des édifices étaient couverts de végétaux, on viendrait diminuer la température ambiante de 9,1 degrés. Or, on sait que couper des arbres augmente la pollution atmosphérique et que le stress thermique est associé à plus de morbidité et de mortalité. »

« La planification urbaine et les politiques sanitaires accusent déjà des retards par rapport aux conditions actuelles. Nous faudrait-il encore 100 études scientifiques avant d’intervenir ? », conclut-elle.

 

—  Marie-Eve Cloutier