Imaginez que six travailleurs américains, britanniques ou français soient menacés de la peine de mort, en Lybie. Les médias n’auraient eu de cesse d’en parler depuis trois ans et la pression sur le gouvernement lybien aurait certainement été plus forte. Malheureusement pour eux, ces six travailleurs de la santé sont bulgares (cinq infirmières) et palestinien (un médecin).

Face au procès qui approche de sa fin, plusieurs scientifiques se sont mobilisés ces dernières semaines. Ainsi, un groupe d’experts internationaux a été réuni par la revue Nature pour commenter le rapport lybien de 2003 obtenu par cette revue en exclusivité: ce rapport est au coeur de l’accusation. C’est sur la base de ce rapport que ces six travailleurs étrangers sont accusés d’avoir infecté en 1998 plus de 400 enfants avec le VIH, le virus responsable du sida.

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Les expert réunis par la revue britannique Nature dénoncent "le manque choquant de preuves" ayant conduit à la condamnation de ces six personnes et qualifient le rapport de 2003 de tissu de conjectures et de suppositions. Ils soulignent qu’un autre rapport commandé par le tribunal en 2003 à Luc Montagnier, découvreur du virus du sida, n’a pas été retenu. Ce rapport concluait, lui, que l’infection était plutôt le résultat d’un laxisme dans la gestion de l’hôpital de Benghazi et que cette infection avait de plus commencé avant l’arrivée des six médecins étrangers.

En août, les cinq médecins lybiens auteurs du rapport accusateur de 2003 ont déclaré en cour qu’ils s’en tenaient à leurs conclusions: ces cinq infirmières et ce médecin auraient infecté ces enfants dans le cadre d’une opération de bioterrorisme. L’accusation a réclamé la peine de mort le 29 août.

La cause est en appel devant la Cour suprême de Tripoli; les délibérations devaient prendre fin le 31 octobre, elles ont été ajournées au 4 novembre.

Parallèlement, dans une lettre ouverte publiée le 25 octobre par la revue américaine Science, le virologue Robert Gallo et 43 autres chercheurs nord-américains et européens accusent le gouvernement lybien d’utiliser les six médecins comme bouc-émissaires pour ces 400 enfants infectés. Ils reprennent les conclusions du Dr Montagnier selon lesquelles l’infection avait commencé plus tôt, et reprennent les accusations de groupes de défense des droits humains, pour qui la police lybienne aurait utilisé la torture en 1999 contre au moins deux des six accusés.

Ces dernières semaines, la Société royale de Grande-Bretagne, l’Académie des sciences de New York et la Fédération des Académies européennes de médecine, entre autres, ont publié de semblables lettres ouvertes enjoignant le gouvernement lybien à libérer les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien. L’Association américaine pour l’avancement des sciences publie sur son site web des instructions aux membres désireux de mettre eux aussi de la pression.

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