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Le fait que les éclosions d’Ebola semblent plus rapprochées et plus mortelles, est-il le simple résultat de la démographie —des humains plus nombreux et plus interconnectés— ou de transformations plus profondes dans l’écologie des forêts humides d’Afrique?

Chose certaine, l’exploitation minière pour du cuivre, du tungstène ou de l’or dans la République démocratique du Congo, s’est traduite par un accroissement de la déforestation. Or, moins de couvert forestier constitue une aubaine pour le virus, écrit la journaliste et auteure Sonia Shah le 5 juin dans The Guardian.

À la base, rappelle celle qui a écrit le livre de vulgarisation Pandémie, la plupart du temps, de tels virus restent limités à une seule espèce animale —qui est, dans le cas de l’Ebola, la chauve-souris. Qui plus est, celles de ces chauve-souris qui vivent dans l’immense forêt humide du centre de l’Afrique —la deuxième plus grande du monde, après l’Amazonie— n’ont, historiquement, côtoyé que des humains vivant dans des régions isolées —de sorte qu’une contamination avait moins de chances de se répandre.

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Mais ce n’est plus le cas. En coupant de plus en plus d’arbres, on a rétréci les habitats des chauve-souris et ces habitats de plus en plus fragmentés sont plus souvent à proximité d’un village ou d’une ville. Selon une estimation publiée en 2025, l’incidence de malaria et d’Ebola augmenterait de 20 à 40% avec chaque point de pourcentage d’augmentation de la déforestation. 

Certes, les humains ont pratiqué la déforestation depuis des milliers d’années, pour l’agriculture ou pour obtenir du combustible. Mais dans cette région, un facteur nouveau a accéléré le phénomène: la multiplication des exploitations minières artisanales, encouragées par la demande mondiale en minerais rares, qui font fonctionner nos téléphones et nos ordinateurs.

C’est en plus du fait que ceux qui pratiquent cette exploitation minière artisanale entrent plus souvent qu’auparavant dans la forêt, augmentant les risques de contacts, et ce dans des camps miniers où les conditions sanitaires laissent à désirer.

Il est impossible d’établir avec certitude un lien de responsabilité, prévient Sonia Shah. « Mais nous savons que la première éclosion de cas mortels a émergé à Mongbwalu, dans le nord-est [du Congo], un village minier en expansion, traversé de mines d’or illégales. Il est également clair, grâce aux données satellites de l’an dernier, que les forêts autour de Mongwalu ont été découpées en tranches ».

Dans l’immédiat, il est normal de se concentrer sur la réponse à l’épidémie. Mais à plus long terme, conclut Shah, il va falloir admettre qu’il n’existe « aucun niveau de préparation ou de réaction » qui peut écraser un virus « avant qu’il ne commence sa croissance exponentielle ». Sauf la partie « relativement ignorée de la politique des pandémies » qui consiste à « empêcher les fragmentations écologiques qui amènent des pathogènes nouveaux jusque chez les populations humaines ». 

Concrètement, ça veut dire davantage d’attention accordée à la santé de certains écosystèmes-clefs, comme celui du bassin du Congo, et davantage d’attention quant à la façon dont les minerais rares qui alimentent nos appareils, se sont rendus jusqu’à nos appareils.

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