On croit rêver. Coup sur coup, voici deux revues scientifiques on ne peut plus sérieuses qui parlent —et vantent— Twitter. Les textes ne sont pas des études scientifiques, plutôt des reportages. Mais leurs conclusions favorables auront valeur de caution morale pour les défenseurs de ce nouvel outil.

« Devriez-vous twitter » demande, dès le titre, la journaliste Laura Bonetta à ses lecteurs —essentiellement des biologistes et des chercheurs bio-médicaux, abonnés de la prestigieuse revue Cell. Et sa réponse est clairement « oui ». Avec des réserves.

Plus ambitieux, le rédacteur en chef du Journal of the Federation of American Societies for Experimental Biology, Gerald Weissmann, intitule son texte « L’article scientifique dans l’âge Twitter ». Et Weissmann d’y aller de boutades sur la façon dont de grands penseurs du passé auraient adopté Twitter, spécialement ceux qui n’étaient pas étrangers aux phrases-chocs et autres aphorismes dont l’efficacité se mesure en nombre de caractères.

Pour ceux qui feindraient de l’ignorer, Twitter (lancé en août 2006) est un « micro-blogue » qui permet d’envoyer et recevoir des messages d’un maximum de 140 caractères. Qu’on choisisse de suivre 10, 100 ou 1000 « comptes » (amis, collègues, médias, organismes), leurs messages arrivent à la queue leu leu, parfois minute par minute, sur l’écran de notre ordinateur ou de notre téléphone.

Pourquoi des amateurs de science twittent-ils? Laura Bonetta cite Brent Stockwell, professeur de biologie et de chimie à l’Université Columbia (New York) : « ça fournit une source unique où vous pouvez vous rendre pour passer en revue des nouvelles et des articles ». Y compris, dit-il, des articles de chercheurs : ça permet d’entendre parler « par la bande d’articles liés à ce que je fais, qui ne seraient pas arrivés par mes alertes habituelles ». Même remarque de Chris Gunter, directrice de la recherche dans un institut de biotechnologie de l’Alabama : « ça dépend juste de celui ou celle à qui vous choisissez de consacrer du temps. »

Bonetta et Weissman mentionnent aussi l’existence de scientifiques qui twittent en direct pendant un congrès, sans s’étendre davantage sur l’impact, Bonetta se concentrant plutôt sur une controverse déclenchée en mai dernier lors d’un congrès de génétique : un scientifique ne devrait-il pas demander aux organisateurs s’il a le droit de twitter, comme un journaliste qui se serait convenablement identifié au préalable?

Au final, à la question « pourquoi les scientifiques twitteraient-ils », Bonetta et Weissmann répondent tout simplement : pourquoi pas.

Des gens ont twitté lors de funérailles et d’inaugurations, en route vers des accidents de train et de tramway, alors pourquoi pas dans des salles de conférences et des laboratoires?

D’autant que ce n’est pas comme si les 15 dernières années n’avaient pas préparé le terrain. Les journaux imprimés semblent devenir une espèce en voie de disparition, les livres effectuent une transition vers le numérique et, en science, de plus en plus de revues on ne peut plus sérieuses ouvrent leurs articles aux commentaires, comme si elles s’étaient transformées en blogues. L’éditeur Public Library of Science, à l’avant-garde du mouvement d’accès libre à la recherche, axe une partie de sa promotion là-dessus.

Évolution de l’ancien monde vers différentes formes de blogues, soit, mais cela englobera-t-il nécessairement Twitter? La limite de 140 caractères pose problème au chimiste et journaliste scientifique britannique David Bradley : « c’est une arme à double tranchant. La majorité de mes twits pointent vers d’autres ressources, alors vous avez droit à la manchette... Toutefois, vous ne pouvez pas avoir un débat décent, sérieux, de haut niveau. »

Conclusion de l’article de Cell : « Twitter a balayé le cyberespace comme une tempête, mais il est encore difficile de savoir quel rôle il jouera dans l’échange d’informations scientifiques ».

Pascal Lapointe