Il y a bel et bien des séismes sur Mars. Un instrument spécialisé transporté à cette fin en a détecté 322 en moins de six mois, et la liste continue de s’allonger. 

Pour deux des plus gros, survenus en mai et en juillet, le sismographe SEIS (Seismic Experiment for Interior Structure) de la sonde Mars InSight a même pu identifier la source, bien qu’elle se trouve à 1600 km de lui: une région géologiquement active appelée les fosses de Cerbère, où les séismes seraient causés, comme sur Terre, par l’accumulation de pression le long de failles géologiques. 

La comparaison avec la Terre de même que le mot « active » vont de pair: notre planète est géologiquement active, comme en témoignent les volcans et les séismes, et cette activité, aussi dévastatrice qu’elle puisse parfois être, est également liée au fait que notre planète soit propice à la vie. Jusqu’à maintenant, on soupçonnait que Mars était géologiquement active, mais on n’en avait jamais apporté la preuve, faute d’un instrument capable de détecter les plus infimes secousses. En fait, le sismographe est tellement sensible qu’il n’opère que la nuit… lorsque le vent tombe et cesse de « secouer » le sol. 

La majorité des 322 secousses sont d’ailleurs cela, infimes. Une minorité ont toutefois atteint le niveau de 4 à l’échelle de Richter, celui où un humain aurait pu sentir quelque chose. Les chercheurs les séparent déjà en séismes « à haute fréquence » —les plus fréquents— et « à basse fréquence », ces derniers provenant manifestement de plus grandes profondeurs.

Insight s’est posé en novembre 2018, près de l’équateur. Son bras articulé a déposé le sismographe à un mètre de lui et l’a recouvert d’une coque de métal —un bouclier contre le vent et la chaleur. Il a fallu ensuite six mois pour calibrer l’instrument afin qu’il puisse séparer le « signal » du « bruit » —le vent,  par exemple.

Toutes ces données vont, au passage, populariser un nouveau mot en anglais: « marsquake », en référence aux « earthquake » bien de chez nous. Le plus proche équivalent en français serait un « tremblement de Mars ». Plus sérieux, les chercheurs associée à SEIS, comme le planétologue français Philippe Lognonné, parlent déjà de ces données comme de la naissance de la « sismologie martienne ».