Ce n’est pas un secret, certaines recherches scientifiques sont de mauvaise qualité, et certaines sont même de très mauvaise qualité. Comment les repérer? Une chercheure française propose un indice: un auteur qui publie un nombre anormal de fois.

Dans l’échantillon de 5 millions de recherches que la pharmacologue Clara Locher et son équipe ont analysé, on remarque que lorsqu’un auteur se qualifie tout à coup d’anormalement « prolifique », il est aussi membre du comité éditorial de la revue où il est publié dans 61% des cas. Et le temps médian pour que ses articles soient acceptés était de trois semaines, un délai extrêmement court dans l’écosystème scientifique. L’échantillon couvrait la période 2015-2019. L’analyse est parue le 23 novembre dans la revue en accès libre Public Library of Science Biology.

Au passage, un nom connu se retrouve cité: Didier Raoult. Il a signé ou co-signé 235 des 728 articles parus dans la revue New Microbes and New Infections. Et bien qu’il n’était pas membre du comité éditorial, sept de ses employés de l’Institut hospitalo-universitaire de Marseille, l’étaient.

Le terme « prolifique » réfère à une mesure qui, selon ces chercheurs, pourrait se révéler utile dans le futur et qu’ils ont appelée le « pourcentage d’articles par le plus prolifique auteur ». Cela consiste à regarder quelle signature, dans une revue donnée, revient le plus souvent. Une autre mesure, celle-là utilisée en économétrie, appelée le coefficient de Gini —qui sert à mesurer la répartition inégale des revenus dans une population— a servi ici à mesurer la « répartition inégale » des publications chez un petit nombre d’auteurs.

Une limite importante de leur étude est qu’un « auteur prolifique » peut en réalité être un éditeur, qui signe non pas des recherches mais un éditorial dans chaque numéro, ou un journaliste, qui signe quelques reportages chaque mois. Mais il est relativement facile d’analyser les signatures une par une pour faire cette distinction.

Dans la majorité des 5468 revues biomédicales où ces 5 millions d’articles étaient parus, les auteurs étaient répartis d’une façon qui n’attirait pas l’attention. C’est dans un peu plus de 400 de ces revues qu’un auteur anormalement prolifique se dégageait du lot, et c’est dans ces cas qu’on estime que près des deux tiers sont étroitement liés au comité éditorial.

Au-delà de la lutte au favoritisme dans les publications scientifiques et au-delà de la détection de recherches publiées trop vite, systématiser l’usage de telles mesures pourrait contribuer à une plus grande transparence dans l’édition scientifique, défendent ces chercheurs de l’Université de Rennes, en France, et leurs collègues de trois pays.