La nouvelle est tombée durement le 1er février dernier. Certains ne l'ont peut-être pas vraiment remarqué, mais il s'agit d'un autre coup dur pour la R&D québécoise. En effet, plusieurs quotidiens, dont The Gazette et La Presse ont fait état de la question. Bien que le nombre d'employés qui subiront les revers de ces compressions budgétaires n'ait pas été officiellement annoncé par la multinationale, les 150 employés de l'ancienne usine de Wyeth, située à St-Laurent et rachetée en 2009 par Pfizer, pourraient être touchés. Cependant, selon la porte-parole de la division canadienne de cette compagnie, Julie-Catherine Racine, ces postes pourraient être possiblement transférés. Malgré tout, bien que l'industrie ne tâche de tempérer la forme, il convient de se pencher davantage sur le fond de la question. Petit voyage au sein d'un questionnement d'une importance capitale pour la recherche scientifique québécoise...

Le problème, longuement discuté au cours des billets précédents, ne date pas d'hier. D'ailleurs, la fermeture serait probablement due à l'acquisition de Wyeth par Pfizer. Bien entendu, les coûts reliés à un tel achat dépassent l'entendement : l'acquisition a coûté près de 68 milliards de dollars US en février 2009. Le 1er février dernier, Pfizer a annoncé qu'elle réduirait de 5 % le nombre total de ses employés, soit une suppression de 5530 postes, répartis au travers du globe. En 2012, la société escompte réduire de 23,5 % ses coûts liés à la R&D.

Il faut dire que l'innovation a amorcé sa descente vers le fond du tonneau depuis quelques années. L'un des médicaments les plus vendus au monde et blockbuster de Pfizer, le Lipitor, est durement touché par l'expiration du brevet, prévue d'ici juin 2011. Heureusement, la compagnie a obtenu un prolongement de sa protection juridique jusqu'en novembre 2011 par l'US Patent & Trademark Office. Cependant, cette décision laisse matière à réflexion. Serait-ce possible d'obtenir une sorte de délai de grâce pour quelques brevets vitaux qui expirent incessamment ? Le porte-parole américain de la compagnie a annoncé avoir présenté des arguments solides justifiant ce prolongement. Il serait intéressant d'analyser ces derniers afin de répondre à la question ainsi posée. En vertu de la Loi sur les brevets du Canada, il n'est pas possible d'obtenir un tel prolongement suite à l'expiration d'un brevet, mais peut-être que la décision de nos voisins du sud nous fera réfléchir plus amplement.

Néanmoins, le problème demeure complexe, et la question, loin d'être réglée.

Il faut dire que les innovateurs rencontrent un problème criant au niveau de l'innovation et que de nouvelles alliances stratégiques se doivent d'être repensées. Tel que le rapporte Michelle Savoie, directrice de Montréal In Vivo, la tendance est à l'externalisation des activités de recherche. Ainsi, des partenariats se forment davantage entre les Big Pharmas et des entreprises de taille plus petite. Elle cite l'exemple de Sanofi-Aventis et Covance, une compagnie d'envergure moins importante qui accentuera la R&D pour son partenaire. Le 30 septembre dernier, elles ont signé une entente sur 10 ans qui génèrera des retombées pour Covance de l'ordre de 1,2 à 2,2 milliards de dollars US. En gros, le principe est fort simple : au lieu d'effectuer des recherches au sein même de son département dfe R&D, Sanofi transfert le dossier à son cocontractant. Certains diront qu'il s'agit d'une alternative qui ne règle pas le problème du tout : il ne s'agit que d'un transfert. Cependant, malgré les critiques, il peut aussi s'agir d'un nouveau mode de partenariat qui aura pour effet de créer de nouvelles opportunités pour des entreprises de taille inférieur qui ont un besoin criant de capitaux. Il s'agirait d'un moyen efficace de permettre aux chercheurs n,ayant pas toujours la possibilité d'exploiter les ressources nécessaires à la création de leurs idées d'entreprendre de manière concrète les projets qui nécessitent une importante mise de fonds.

En constatant les différentes fermetures de Pfizer et de Merck qui ont eu lieu depuis l'année passée, un constat sérieux et inquiétant s'impose : l'industrie québécoise est en perte de vitesse quant à l'innovation. De nouvelles mesures doivent être prise afin de favoriser la relance de ce secteur névralgique. Que nous réserve l'avenir du financement de la recherche ? Pour l'instant, il est très difficile de le prédire. Toutefois, il est une chose dont on peut être certain : le modèle des 10 dernières années ne pourra plus être applicable tant la dynamique de l'industrie s'est modifiée. Il sera donc intéressant de suivre les futurs développements reliés à cette industrie.

Charles-Étienne Daniel