Le projet de TGV bénéficie d’une bonne image écologique. En effet, le train est un des moyens de transport des plus efficaces du point de vue énergétique, ce qui minimise la production de gaz à effet de serre. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il fonctionne à l’électricité. Cependant, toutes ces qualités ne sont pas une garantie qu’il soit la solution écologique, que pourrait le laisser croire un certain discours politique.

En effet, la construction du TGV nécessitera des investissements importants en matière d’infrastructures. Dans le cas présent, on parle de plus de 20 milliards de dollars. Or, ces travaux de construction demanderont de l’énergie pour leur réalisation et produiront des gaz à effet de serre. En soit, ce n’est pas si mal dans la mesure où ces investissements écologiques seront récupérés dans le futur.

Le calcul rigoureux de l’analyse de cycle de vie d’un tel projet est un processus complexe. Cependant, il est possible d’avoir une estimation assez juste par comparaison avec des projets de construction pour lesquels une analyse de cycle de vie a été produite. À cet effet, le Green Design Institute de l’Université Carnegie Mellon maintient une banque de données. On y apprend qu’un investissement de 1 milliard de dollars dans l’industrie de la construction produit 2 millions de tonnea de CO2 et consomme 23 PJ d’énergie. Puisque, le projet de TGV est estimé à 21,3 milliards de dollars, cela se traduit par une empreinte écologique de 42,6 millions de tonnes de CO2 et 490 PJ d’énergie.

Du coté des économies, le rapport EcoTrain prévoit que le projet se traduira par des retombées économiques en terme en réduction de gaz à effet de serre de 389 M$ sur 30 ans. En se basant sur un prix de 40 $/t pour le CO2, cela se traduit par une réduction de 324 kt par an. Par conséquent, le temps de retour sur l’investissement écologique serait de l’ordre du siècle! Les résultats sont similaires dans le cas de l’énergie. De plus, on ne tient pas compte des coûts d’opération et de l’augmentation prévisible de l’efficacité énergétique des autres moyens de transports, ce qui réduit encore plus le gain écologique.

On peut donc en conclure que le projet de TGV n’est pas un projet de développement durable. Il s’agit donc, au-delà de la propagande politique, d’un programme classique de développement économique avec peu de valeur écologique.

Mise à jour le 11 novembre 2011

Le rapport complet vient de sortir (http://highspeedrail.ca/). On y trouve les vrais chiffres de réduction de production de gaz à effet de serre, soit 62 422 t de CO2 par an en 2031 (Section 9, p 143). Je peux vous avouer, maintenant, que j'avais volontairement utiliser des chiffres économiques ne tenant pas compte de l'inflation en non pas en dollar constant comme il se doit, question d'être certain de ne pas sous estimer les économies de gaz à effet de serre. C'est pourquoi ces chiffres sont beaucoup plus faibles que ceux que j'ai utilisés pour faire mes calculs initiaux.

Il reste cependant des doutes au sujet du bilan carbone de la construction elle-même. Les analyses françaises que j'ai vue donne un bilan significativement plus faible. Cependant, comme mon analyse va du haut vers le bas, les valeurs sont toujours plus hautes que du bas vers le haut, car elles n'ont pas de problèmes de frontière. De plus, un collègue spécialiste de ces questions m'a mentionné qu'il semble y avoir un problème dans la façon dont les flux d'énergie sont calculés par les gens de Carnegie Mellon. Il devrait m'envoyer ses résultats sous peu. À suivre donc.