Dans le «bon vieux temps», il était malheureusement courant que des personnes meurent à la suite d’égratignures ou de blessures bénignes...

Le risque d’infection bactérienne était toujours présent et, une fois qu’elle se développait, il n’existait pas de traitements, à part l’amputation, pour la contrecarrer. Pour beaucoup, le premier antibiotique est la pénicilline, isolée en 1941 par Howard Florey et Ernst Chain.* En fait, avant la pénicilline, il y a eu Prontosil, un médicament introduit près de dix ans avant, pour le traitement des infections bactériennes. On peut dire que Prontosil a été littéralement le premier «médicament miracle.» Des patients aux portes de la mort recouvraient la santé en quelques heures, après avoir été traités. L’histoire derrière sa découverte mérite d’être racontée.

Prontosil, un composé d’une vive couleur orangée, a vu le jour, non pas en tant qu’antibiotique, mais comme colorant industriel. La compagnie I.G. Farben l’a mis au point pour teindre la laine et le cuir. À l’époque, des scientifiques avaient émis l’hypothèse que des composés comme le Prontosil, capable de colorer des bactéries, pourraient les détruire sans nuire aux cellules humaines. En 1932, un de ces scientifiques, Gerhard Domagk, fit l’essai du Prontosil sur une variété de bactérie particulièrement virulente, de type streptococcus. Son expérience consistait à ajouter le colorant à des cultures de la bactérie, dans des contenants en verre. À son grand désappointement, il n’y eut aucun effet, les colonies de streptococcus continuant à se développer. Heureusement, il n’en resta pas là et décida de répéter les tests sur des souris qui avaient été précédemment inoculées avec des doses massives de streptococcus.

Les souris traitées avec le Prontosil retrouvèrent rapidement la santé, alors que les autres, utilisées comme contrôle, n’ont malheureusement pas survécu. Bien que Domagk ne pouvait pas savoir pourquoi Prontosil était sans effet sur les bactéries in vitro (dans les contenants en verre), mais particulièrement efficace in vivo (chez les animaux de laboratoire), il était prêt à tester Prontosil chez l’humain. L’occasion qui se présenta fut particulièrement marquante. À la fin de 1935, sa fille de six ans, Hildegarde, se piqua accidentellement avec une aiguille, normalement une blessure sans conséquence. Malheureusement, celle-ci s’infecta de streptococcus et, après quelques jours, sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Désespéré, Domagk décida de lui donner des doses massives de Prontosil. Miraculeusement, comme pour les souris, Hildegarde récupéra rapidement, et cela, sans effets secondaires.

Mais comment se fait-il que Prontosil soit tellement efficace in vivo et sans effet in vitro? Un an après la découverte de Domagk, des chercheurs de l’Institut Pasteur, en France, apportèrent la réponse. Dans le corps des animaux de laboratoire ou de l’humain, la molécule de Prontosil est dégradée en deux fragments et c’est seulement l’un des deux, la sulfanilamide, qui a des propriétés antibactériennes. Cette découverte ouvra l’ère des médicaments sulfamidés qui, pendant plus de dix ans, avant l’introduction de la pénicilline, furent le seul moyen de défense contre les infections bactériennes.

Les travaux de Domagk lui valurent le prix Nobel de médecine en 1939 «…pour la découverte des propriétés antibactériennes de Prontosil». Mais les nazis, au pouvoir en Allemagne, pour protester contre l’attribution du prix Nobel de la paix à Carl von Ossietzky, un opposant au régime, avaient interdit à tout Allemand de recevoir un prix de la Fondation Nobel. Domagk fut forcé de refuser le prix et fut même incarcéré par la Gestapo. Ce n’est qu’après la guerre, en 1947, que Domagk reçut finalement le diplôme et la médaille associés au prix Nobel. Cependant, à cause des délais, on ne put lui accorder la récompense monétaire qui accompagne normalement le prix.

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*En 1928, Alexandre Fleming a découvert les propriétés antibactériennes de la moisissure penicillium notatum, mais, malgré tous ses efforts, il fut incapable d’isoler la molécule, la pénicilline, responsable de l’activité. En 1945, quand le prix Nobel de médecine a été décerné «… pour la découverte de la pénicilline et de ses propriétés curatives», il a été partagé entre Fleming, Florey et Chain.