La vie des scientifiques donne régulièrement lieu à des films qui reprennent quelques clichés. On voit ainsi les scientifiques être obsédés par un problème et travaillant sans relâche sur l’œuvre de leur vie. On les voit également en but avec les responsables académiques qui posent des limites à leurs recherches…

Mais ce qui est frappant dans tous ces films, c'est le fait que les scientifiques et la science sont présentés de façon extrêmement positive et idéalisée. Les scientifiques ne font leurs recherches que dans le but de résoudre un problème auquel ils sont confrontés. Ils ne sont jamais payés par une entreprise privée souhaitant retirer un bénéfice de leurs résultats. La science est ainsi «pure» comme dirait Pierre Curie dans Les Palmes de M Schutz. Cette science est également forte et se bat face à la religion (Création et Agora), au puritanisme (Dr Kinsey) voire la maladie (Un homme d’exception) pour faire triompher la «Vérité scientifique». Cette dernière est obtenue par l’expérience, l’accumulation de données et la logique liant ceux-ci.

D’ailleurs, la Science est toujours victorieuse même lorsque le destin du scientifique est moins rose. L’exemple parfait pour illustrer ceci se retrouve à la fin du film Dr Kinsey où le héros éponyme est décrié par la société américaine puritaine. Malgré cela, nous avons le droit au récit émouvant d’une femme ayant pu vivre son amour grâce aux travaux de Kinsey. Même dans Agora la science triomphe puisque les découvertes d’Hypatie d’Alexandrie se retrouvent des siècles plus tard.

Cette vision de la science comme libératrice vient du mouvement philosophique positiviste, issu de la pensée d’Auguste Comte. Il pensait que la science et la logique était l’étape suivante de l’évolution des sociétés après la religion, elle-même ayant supplanté la pensée magique. Cette philosophie a contribué à utiliser la méthode et les connaissances scientifiques dans de nombreux domaines. Elle a été fortement critiquée et les apports modernes des sciences studies la remettent en cause.

La sociologie a permis de montrer que si la science se veut universelle, elle ne l’est pas totalement. En effet, ceux qui la font (les chercheurs) sont des humains issus de la société dans laquelle ils vivent. La façon de pratiquer la science, les questions qu’ils vont se poser et la façon dont ils vont se la poser est le reflet de la société dans laquelle ils vivent. Dans Agora, Hypatie se pose des questions sur la perfection d’un univers créé par les dieux, mais dont les modèles explicatifs d’alors semblent trop complexes. Cette question peut sembler complètement saugrenue à des scientifiques actuels, bien que la réponse trouvée soit celle enseignée dans nos écoles. De même, le manque d’études scientifiques autour du sexe avant Kinsey le montre bien (ainsi que le faible nombre de ces études actuellement). C’est encore plus vrai pour l’étude physiologique du sexe féminin en particulier du clitoris. En connaissant ces biais possibles, il est possible de prendre du recul sur certaines publications qui sont polémiques.

La sociologie a également montré que les chercheurs étaient des travailleurs comme les autres dont les actions pouvaient être motivées pour avoir une récompense ou une promotion. Ce trait est relativement absent dans les films. Les chercheurs n’ont que des raisons "pures" pour mener leurs recherches. A l’inverse M. Schutz est moqué pour son ambition d’obtenir les palmes académiques. Le film l’oppose aux époux Curie qui veulent uniquement comprendre le comportement étrange de l’Uranium. Cela ne les empêchera pas d’être heureux de recevoir le Prix Nobel à la fin du film.

Cette vision positive de la science et des scientifiques se retrouve lors des enquêtes auprès des populations françaises et québécoises. Le cinéma nous montre les scientifiques de la façon dont la société se les représente. Il serait intéressant d'écorner un peu cette image pour mieux rendre compte de la réalité de la recherche.