Les médias sociaux, sans qu’on ne s’en rende exactement compte, ont changé le monde au cours des quelques dernières années. Facebook, YouTube, Twitter, Instagram et les autres ne sont pas seulement un médium par lequel on garde contact avec nos amis et notre famille. Ils sont devenus, pour plusieurs, une source importante d’information et aussi la manière dont on interagit avec une communauté élargie, où l’on peut débattre et prendre action sur notre société.

(Version vidéo disponible en bas de page)

Les médias sociaux ont fortement contribué à l’émergence de mouvements politiques en dehors des canaux habituels : le printemps arabe, le mouvement Occupy Wall Street, le Tea Party puis Donald Trump aux États-Unis, ou encore les gilets jaunes en France. Selon votre inclinaison politique, vous pensez probablement que certains de ces mouvements sont positifs, d’autres négatifs, mais tous ont été rendus possibles, ou au moins amplifiés par les médias sociaux. Ceux-ci ont permis à des gens d’opinion similaire de se retrouver en une communauté virtuelle qui a amplifié leurs convictions et finalement permis de coordonner leur action politique. Il y a tout juste 10 ans, la quasi-totalité des gens prenaient leurs informations d’un nombre restreint de sources contrôlées relativement impartiales. Aujourd’hui, la situation est beaucoup moins simple.

C’est là le double tranchant des médias sociaux et d’internet. Il est maintenant possible d’exister dans une bulle médiatique hermétique qui renforce nos convictions et ne nous expose que très peu à l’autre côté de la médaille. Je dirais même qu’il est de plus en plus difficile de faire autrement. La mauvaise nouvelle est que cela ne va pas changer tout seul parce que ce phénomène est enraciné dans la psychologie humaine et amplifié par les algorithmes qui régissent le monde virtuel.

Le besoin d’appartenir à une communauté est inscrit dans nos gènes et a joué un rôle important dans l’évolution de l’espèce humaine. Le côté pervers de cette tendance mène au tribalisme : une vision du monde divisée en un endogroupe (la communauté à laquelle on appartient) et en un exogroupe (les autres). Les sociologues ont un beau laboratoire dans les médias sociaux puisque ces comportements s’y expriment au carré. Là où une communauté était autrefois composée de membres d’une famille ou de voisins proches, aujourd’hui ce sont plutôt les gens qui pensent comme nous. Plusieurs études ont montré que plus une publication est polarisée, plus elle sera partagée. Le problème avec une publication nuancée, c’est qu’elle n’exprime pas haut et fort notre appartenance à un groupe ou à un autre.

Sur Facebook, on a tous quelques amis plus politisés que les autres qui partagent constamment des publications allant avec leur idéologie. ‘’Heureusement’’, la plateforme permet de mettre en sourdine ceux qui ne correspondent pas à ce que l’on veut voir, ce que l’on veut entendre. Sur Twitter c’est encore plus facile de tomber dans le piège puisque l’on choisit ‘’suivre’’ ceux que l’on veut, permettant ainsi de se construire un fil d’actualité sur mesure et trop souvent parfaitement homogène.

Vient à tout ça s’ajouter le rôle amplificateur des algorithmes de ces mêmes plateformes. Notre vie est de plus en plus régie par des algorithmes qui nous sont invisibles. Les sites de médias sociaux sont gratuits, mais je ne vous apprendrai rien en vous disant que ce ne sont pas des organismes sans but lucratif. Ils font leur argent par la publicité. Ce qui veut dire que plus longtemps on reste accroché à notre écran, plus on fait défiler notre fil d’activité ou chaque fois que l’on clique sur un lien, ils font des profits. Ces compagnies ont donc un intérêt financier à garder ces usagers engagés. Personne n’a envie de se faire dire que sa publication est offensante par une connaissance. Alors ces plateformes emploient des algorithmes qui devinent ce que qui vous intéresse, ce qui vous engage et s’assure de vous présenter ces sites en priorité, en minimisant les autres.

Prenez un instant pour vous demander comment vous êtes tombés sur cet article/vidéo. C’est peut-être par facebook où vous avez aimé l’Agence Science-Presse, ou peut-être qu’elle a été partagée par une personne que vous n’avez pas encore mis en sourdine. Si c’est par Twitter, c’est probablement qu’une personne de votre réseau a eu l’excellente idée de la partager. Sur YouTube, un algorithme devine le genre de vidéos qui vous plaît et vous en présentera du même genre, alors probablement que vous avez écouté d’autres vidéos parlant de science récemment.

Quel rôle reste-t-il pour les médias traditionnels dans ce nouveau monde ? Ils n’ont plus le monopole des plateformes de diffusion et rappelez-vous ce que j’ai dit sur les publications nuancées… personne ne les clique. Or ces médias sont dans la même courses aux cliques pour survivre et payer leurs journalistes ; ils doivent avoir un titre accrocheur et un contenu propice au partage sur les grandes plateformes.

Alors, c’est tout cela qui m’amène à vous proposer pour l’année 2019, une résolution que je mets en application depuis quelques années déjà, celle de faire un effort conscient et constant pour sortir de sa bulle médiatique, de confondre les algorithmes de Facebook et de Google. Prenez le temps de lire un article proposant l’opinion inverse à la vôtre, allez voir ce qui se dit de l’autre côté du spectre politique, essayer de comprendre le point de vue de celui qui ne fait pas partie de votre groupe. Je ne parle pas de ''fake-news'' ici, tentez bien-sûr d’identifier et d’éviter ces publications, mais si vous croyez que tout article qui ne dit pas ce que vous voudriez entendre est probablement fake, alors ça illustre bien le problème avec l’information à l’âge d’internet!

Attention, ce que je propose là n’est pas facile, mais absolument nécessaire à un discours plus constructif dans nos débats de société. C’est fatiguant intellectuellement d’élargir ses horizons politiques et idéologiques. Vous risquez de changer d’avis sur certains sujets, ce qui pourrait vous éloigner de votre endogroupe. C’est inconfortable de se remettre en question, mais c’est la bonne chose à faire. Après tout, de quoi avez-vous peur ? Que votre première impression soit occasionnellement fausse ? Qu’une question ne soit pas aussi simple que vous aimeriez le croire ?

Je suis vraiment intéressé à savoir ce que vous en pensez ou à entendre ce que vous faites pour briser la bulle médiatique dans laquelle les réseaux sociaux tentent de nous enfermer, alors laissez-moi un commentaire.

D’ici la prochaine fois, gardez l’esprit ouvert, mais restez sceptiques,

On se revoit quelque part sur internet.

 

Salut!

 

Vincent Jase