Non seulement le satellite-espion qui menaçait de s’écraser a-t-il été détruit « avec succès » le 21 février, a assuré le Pentagone, mais son réservoir d’hydrazine —un produit hautement toxique— a lui aussi été détruit, éliminant tout risque de contamination du sol, a-t-il été confirmé le 25 février. Bref, succès sur toute la ligne.
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Cet enthousiasme relève toutefois davantage de la stratégie de relations publiques, relèvent les observateurs du domaine spatial, qui suggèrent même que cet événement serait un exercice militaire camouflé —autrement dit, un prétexte pour tester les nouvelles technologies militaires tournées vers l’espace.
C’est très certainement l’opinion de la Chine, qui avait procédé, en janvier 2007, à un tel exercice : un missile lancé depuis son territoire avait détruit un satellite-cible chinois avec succès. Les États-Unis avaient vivement protesté contre cette « militarisation de l’espace »... ce qui conduit aujourd’hui les Chinois à parler de « deux poids, deux mesures ».
Il n’existe aucun traité international interdisant d’utiliser l’espace, ou l’orbite terrestre, à des fins militaires. Comme le note le physicien Michio Kaku dans le quotidien britannnique The Guardian, « armer le ciel nous rapprochera simplement d’un pas d’une guerre spatiale désastreuse que personne ne peut gagner ».
Les États-Unis refusent depuis des années de renégocier et renforcer un vieux traité de 1967 sur l’utilisation de l’espace. Plus tôt ce mois-ci, la Russie et la Chine ont proposé, à la Conférence sur le désarmement des Nations Unies, un nouveau traité qui interdirait de placer des armes là-haut. Les États-Unis ont rejeté ces propositions, une attitude que les médias officiels chinois s’emploient désormais à mettre en parallèle avec le dernier succès du Pentagone.
Washington réplique que son satellite était, au contraire de l’engin chinois de 2007, dangereux : en raison de son poids (4 tonnes), il risquait de ne pas se consumer totalement lors de sa rentrée dans l’atmosphère, qui était prévue pour le 6 mars; de gros débris auraient donc pu tomber sur des zones habitées.
Un risque minime, répliquent des spécialistes français dans Libération : des dizaines de satellites-espions américains sont retombés sur Terre, sans provoquer de dégâts (les quatre cinquièmes de notre planète sont recouverts d’eau). Par ailleurs, des milliers de débris spatiaux sont retombés depuis 1957, date de lancement du premier satellite Spoutnik. En 2003, lorsque la navette Columbia, qui pesait 60 tonnes, s’est disloquée en entrant dans l’atmosphère, de très nombreux débris sont tombés sur le territoire américain sans causer de dommages.





