video et réseaux sociaux

S’il est maintenant établi que les jeunes avec un TDAH sont plus à risque de passer trop d’heures sur les réseaux sociaux, la recherche n’est pas encore claire sur ce qui est la cause et ce qui est l’effet : est-ce qu’un usage intensif des écrans accroît les symptômes de TDAH ou si le TDAH rend plus susceptible de passer encore plus de temps en ligne ?

Autrement dit, personne ne prétend que les réseaux sociaux causent le trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) chez les jeunes. Mais réseaux sociaux et TDAH semblent s’insérer dans une boucle où l’un renforce l’autre, explique la psychiatre de l’enfance Meredith Gansner, de l’Université de Rochester (New York) dans un récent reportage de la revue Nature. Ce qui signifie qu’un jeune avec ce trouble sera plus à risque de gruger sur ses heures de sommeil à cause de son activité en ligne ou de partager de l’information personnelle.

La première étude de grande taille à avoir établi ce lien, qui portait sur 2500 élèves du secondaire de la région de Los Angeles, remonte à 2018. Les jeunes avaient été suivis pendant deux ans et l’impact semblait plus prononcé chez les utilisateurs les plus intensifs. D’autres études ont été menées depuis: par exemple, un suivi de cinq ans au Canada chez 4000 jeunes, par des chercheurs du Centre hospitalier Sainte-Justine et de l’Université de Montréal, paru en 2023, a conclu qu’un usage intensif des réseaux sociaux augmentait l’impulsivité et autres symptômes liés au TDAH, davantage qu’un usage intensif de la télévision ou des jeux vidéo.  

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On se rappellera aussi qu’en mai 2023, dans un rapport de 19 pages, le plus haut responsable de la santé aux États-Unis, le Dr Vivek Murthy, avait lancé une série de signaux d’alarme: les impacts sur les jeunes des écrans en général, et des réseaux sociaux en particulier, n’ont pas eu toute l’attention qu’ils méritent, considérant le temps énorme que leur consacrent désormais pratiquement tous les adolescents; considérant aussi les problèmes de santé mentale que des recherches récentes ont révélés dans cette tranche d’âge, particulièrement chez les filles.

Les recherches reflètent sans doute la difficulté, pour un cerveau d’adolescent, de mettre les freins sur ses impulsions, explique dans le reportage de Nature la psychologue clinique Patricia Conrod, de l’Université de Montréal, qui était l’auteure principale de l’étude de 2023. « Nous avons une sorte de mécanisme neurocognitif pour expliquer cette relation. » 

Mais même si on s’approche d’une explication quant à ce qui se passe dans le cerveau, les parents qui chercheraient des conseils dans ces données scientifiques sont toujours dans l’incertitude. Interdire complètement ces applications semble utopique, d’autant plus que des études avaient également montré dans le passé que Facebook et Instagram pouvaient aussi avoir un impact positif sur la socialisation. Réglementer les réseaux sociaux n’est pas à l’ordre du jour, du moins pas dans le contexte politique actuel aux États-Unis. 

Par contre, de plus en plus de pays ont commencé à imposer un âge minimum pour pouvoir ouvrir un compte, ou à interdire l’usage des téléphones à l’école (au nom de la santé mentale des jeunes, pas uniquement à cause des craintes pour le TDAH). Ces restrictions auront-elles un impact positif, il faudra aux chercheurs, pour le déterminer, au moins un an ou deux de suivis de quelques milliers d’adolescents. Mais en attendant, ces chercheurs sont sceptiques: la « vulnérabilité de ces adolescents », lit-on dans Nature, sous la forme de « l’impulsivité » et de la difficulté à « s’autoréguler » pourrait « les rendre spécialement mal équipés à naviguer dans les environnements en ligne, même avec des règles plus serrées ».

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