Si vous êtes un étudiant universitaire aux États-Unis, il y a tout lieu de vous inquiéter des perspectives de carrière en science en ce moment. Et ce n’est pas à cause de l’IA, mais de la politique.
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Qu’y a-t-il de commun entre une équipe de recherche qui construit un télescope spatial à rayons-X destiné à l’étude des trous noirs et une autre en biologie, qui dépendait de collaborations internationales pour étudier des choses comme l’Ebola ou la fièvre de Lassa ? Elles ont toutes deux été décimées par les coupes budgétaires du gouvernement Trump: l’une, parce qu’une vingtaine de personnes ont accepté, comme 4000 autres à la NASA, de quitter leur emploi moyennant une compensation financière; l’autre, parce que les récipiendaires de subventions fédérales se voient interdire, depuis l’an dernier, de verser une partie des sommes à des chercheurs étrangers.
Résultat, dans un laboratoire rattaché à l’Université de Californie, alors qu’on recevait jadis 200 candidatures d’étudiants-chercheurs par année, il n’y en a eu que 100 cette année. Et il n’y aura aucune soumission pour des projets en virologie ou immunologie, parce qu’il est pour le moins difficile d’étudier la plupart des maladies infectieuses de l’heure sans collaborations avec l’étranger.
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À une échelle plus large, le National Institute of Health (NIH), le principal organisme subventionnaire de la recherche en santé aux États-Unis, publiait, bon an mal an, environ 850 appels à propositions pour des projets spécifiques. En 2025, il n’en a publié que 130. En 2026, si la tendance se maintient, ça pourrait être moins de 75.
« Ce qui se passe est rien de moins qu’un changement générationnel » quant à la façon dont les États-Unis envisagent leur écosystème scientifique, écrit le journaliste Adam Rogers, dans le cadre d’un dossier spécial du magazine Scientific American sur « les jeunes scientifiques ». « La science semble différente. Sa raison d’être semble avoir basculé. Le statut des gens qui la font a changé. Et ils ne comprennent pas pourquoi. »
Est-ce le bris de confiance chez une frange de la population pendant la COVID qui est en cause? Est-ce un problème dont les racines sont plus anciennes? Dans tous les cas, le résultat est mesurable: des sondages révèlent qu’un grand nombre de jeunes scientifiques américains songent à quitter pour un autre pays, ou à abandonner une carrière en science.
Le « contrat social rompu » dont parle l’article est une référence à ce qui, à partir du milieu du 20e siècle, a été une des forces des États-Unis. La production de science a bénéficié d’un apport massif d’argent du gouvernement fédéral depuis les années 1950. Comme l’ont écrit par la suite plusieurs auteurs, c’est ce qui a fait des États-Unis une puissance mondiale pour la recherche fondamentale et appliquée, du secteur médical jusqu’à celui des technologies. Cette puissance scientifique est devenue une force d’attraction pour des étudiants de partout à travers le monde, dont un grand nombre sont ensuite restés dans les universités américaines et ont contribué à la croissance économique de leur nouveau pays.
« La recherche fondamentale est le stimulant du progrès technologique », avait écrit en 1945 l’ingénieur Vannevar Bush (1890-1974), dans son rapport Science, The Endless Frontier. Soumis au président Harry Truman, ce document est souvent présenté comme l’inspirateur d’un système d’investissements fédéraux dans la recherche, des investissements non partisans, à travers les organismes subventionnaires que sont la National Science Foundation et les NIH. Un système dont s’inspireront plusieurs autres pays.
Ce contrat social semble à présent appartenir à une époque révolue.





