Me voici de retour après deux semaines de vacances. Le texte ci-dessous a paru, partiellement, dans le Devoir du 24 août. Je me permets donc ici d'en donner la version complète car les universités québécoises traversent une période très difficile ces jours-ci.

À l’automne dernier, le gouvernement de Jean Charest déposa une politique ambitieuse de recherche et d’innovation, intitulée « Un Québec innovant et prospère ». Cette politique, accompagnée d’un financement de plusieurs centaines de millions de dollars sur une base annuelle, avance sur plusieurs fronts. Entre autres, elle augmente de manière considérable le financement des fonds québécois consacrés à la recherche et le nombre de bourses d’études supérieures, favorisant la formation locale de personnel hautement qualifié. La nouvelle stratégie de recherche et d’innovation fut très bien accueillie par le monde universitaire qui vit une bouffée d’air frais après les coupes importantes des premières années du gouvernement libéral, ce qui place le Québec dans le peloton de tête des provinces canadiennes en terme de financement de la recherche, offrant un levier facilitant l’obtention de fonds fédéraux.

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Presque en simultané de l’annonce de la stratégie québécoise d’innovation, éclatait au grand jour le désastre immobilier qui frappe l’UQÀM. L’Université, suite à une série d’erreurs et d’accords mal ficelés, se retrouve avec un manque à gagner de plusieurs centaines de millions de dollars. Mais l’UQÀM n’est pas la seule à connaître les affres des déficits; c’est le lot de la plupart des universités québécoises qui souffrent depuis longtemps déjà d’un sous-financement considérable.

Car, alors que la politique du Ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation place les universités au centre du développement du Québec, accordant un financement considérable pour les activités de recherche, le Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport affame les universités québécoises et distribue des subsides insuffisants pour couvrir les dépenses de fonctionnement de ces institutions.

Les universités doivent donc composer quotidiennement avec des exigences irréconciliables du gouvernement du Québec. D’un côté, les chercheurs et les administrateurs veulent profiter des fonds de recherche importants provenant du fédéral et du provincial, ce qui met de la pression sur les universités afin qu’elles améliorent leurs infrastructures et embauchent des professeurs et du personnel de soutien, des postes budgétaires qui ne sont pas comblés par les subventions couvrant presque uniquement les frais directs de recherche. De l’autre, les universités doivent composer avec un sous-financement chronique de leurs dépenses de fonctionnement. Les administrations ont donc dû trancher : soit elles construisent des stratagèmes complexes — et pas toujours bien ficelés — afin de continuer leur développement pour remplir la mission qui leur est confiée par le Ministère du Développement économique et se tailler une place au niveau mondial, soit elles régressent et se confinent à offrir une formation minimale aux étudiants, en accord avec le financement offert par le Ministère de l’éducation.

Le désastre de l’UQÀM est dû en grande partie à ce double message envoyé par Québec et, d’une certaine façon, par Ottawa. Mais l’UQÀM n’est pas seule université à marcher sur la corde raide. Ainsi, l’Université de Sherbrooke et l’Université Laval se sont installées à Montréal afin d’augmenter leur nombre d’étudiants et, selon les normes du Ministère de l’Éducation, leur financement. Ce faisant, elles dédoublent des services déjà offerts par les 4 universités montréalaises, alors que le système dans son ensemble manque cruellement de fonds.

Quant à l’Université de Montréal, elle se prépare, comme bien d’autres, à commencer une année universitaire à la lumière de compressions importantes dans tous les domaines. On ne remplace pas les professeurs qui partent et on rogne partout où l’on peut dans les services aux étudiants.

Le gouvernement du Québec doit se rendre compte que sa stratégie de recherche et d’innovation ne peut pas réussir dans un contexte où les universités sont prises à la gorge, incapables de maintenir leurs infrastructures et d’embaucher ou de retenir les spécialistes nécessaires à la formation de personnel hautement qualifié. Il faut mettre un terme à une politique schizophrène qui nuit profondément aux universités et à notre société dans son ensemble.

Plusieurs solutions s’offrent à nous. La plus logique serait certainement de ramener l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation à l’intérieur d’un seul ministère qui pourrait alors développer une politique cohérente de financement des universités qui prenne en compte aussi bien leur rôle d’enseignement que celui de recherche et de formation de personnel hautement qualifié.

Je donne