Tableau du peintre russe Nikolaï Bogdanov-Belski.jpg

En 2022, je me suis attardé dans un article sur l'idée de balise de codage neuronal en lien avec celle de potentiel cognitif. L'idée étant que, même à maturité, un cerveau, animal comme humain, n'épuiserait pas forcément toutes les possibilités de codage d'informations que ses multiples réseaux neuronaux seraient en mesure de lui procurer. 

Ce que j'ai appelé dès lors "balise de codage neuronal" décrivait un phénomène simple qui, s'il existe, permettrait à une même zone cérébrale de prendre en charge le codage d'informations de types différents. Cette idée selon laquelle l'activation d'un groupe de neurones pourrait déterminer un système de codage particulier d'une structure cérébrale et permettre ainsi de passer d'un système de codage à un autre pour une même structure selon le schéma d'activation du groupe de neurones en question. À cet effet, j'évoquais une étude réalisée chez Susan Polgar, grand maître international des échecs. Cette étude montrait que la zone de son cerveau qui s'activait quand elle se concentre sur les échecs est exactement la même que celle qui s'activait quand elle regardait des visages : l'aire fusiforme. De là est parti le concept que je reprends à nouveau ici et que j'ai décrit dans cet article de 2022. 

Peu de temps après, dans un autre article, j'évoquais cette idée en faisant intervenir cette fois le phénomène de bilinguisme chez les personnes bilingues dites équilibrées. En réalité, ce qui avait été observé chez Susan Polgar - ce qu'on pourrait appeler une superposition de systèmes de codage par une même structure cérébrale - a fait l'objet d'observations dans au moins deux autres études qu'il m'est possible de citer ici. Dans l'un et l'autre cas, les systèmes d'information codés ne concernent pas les échecs et la perception des visages, mais plutôt d'autres modalités cognitives. 

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

En 2001, à l'aide de la tomographie par émission de positons (TEP), une équipe a pu étudier les bases neurales des capacités cognitives d'un expert en calcul mental et d'un groupe de non-experts. Il a pu être démontré que les régions préfrontales droites et temporales médianes responsables de la mémoire épisodique, celle des événements de notre passé personnel, étaient également sollicitées dans le travail de calcul mental chez cet expert à la différence du groupe de personnes testées qui ne possédaient pas de dispositions particulières pour ce type de tâche cognitive.

Du coup, cette étude permettait d'étendre ce phénomène de superposition de systèmes de codage à un deuxième groupe de personnes. Voilà qui était déjà intéressant. On pouvait toutefois se demander : les grands maîtres des échecs et les calculateurs prodiges mis à part, sommes-nous en mesure de retrouver ce type de phénomène chez d'autres personnes et, a posteriori, découvrir éventuellement qu'il peut être répandu parmi les populations en général? 

Une étude parue en début d'année dans Nature Human Behaviour impliquant 40 participants a apporté un début de réponse. Au moyen de l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, les chercheurs n’ont observé aucune distinction nette entre les circuits activés alors qu'il s'agissait d'impliquer aussi bien la mémoire épisodique que la mémoire sémantique. Alors que la première concerne le rappel des faits vécus, la seconde se rattache aux connaissances générales. Certes, il s'agit ici de deux fonctions beaucoup plus rapprochées l'une de l'autre. Ce résultat nous renvoie néanmoins à une interrogation des plus intéressantes : la mémoire sémantique aurait-elle son origine de l'existence de la mémoire épisodique pour s'en être détachée graduellement? Ce que les espèces du genre Homo (et peut-être d'autres qui les ont précédées) ont vécu a pu être sélectionné pour être généralisé à titre de connaissances. Cela tombe sous le sens et, pourtant, nous n'avions pas forcément pensé déduire de cette prémisse l'idée que la mémoire sémantique se serait détachée de la mémoire épisodique, bien que l'une et l'autre demeurent encore intimement liées. Voilà une autre réflexion à cogiter. 

 

Je donne