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Répandre dans des champs des roches réduites en miettes pourrait retirer jusqu’à 1 milliard de tonnes de CO2 de l’atmosphère par année. Mais au-delà de ces mathématiques théoriques, sur le terrain, ça se révélerait probablement être une estimation très optimiste.

La revue scientifique Nature Communications publiait en février l’estimation théorique en question. Des chercheurs américains sous la direction de Ying Tu et Radine Rafols, du département de développement global de l’Université Cornell, avaient tenté de calculer quelle quantité de débris de roches serait nécessaire : sachant que l’eau de pluie, en érodant petit à petit les roches, retire du CO2 de l’atmosphère au profit des rivières, puis des océans. 

L’idée, en soi, n’est pas nouvelle: les experts l’appellent altération forcée des roches (en anglais, enhanced rock weathering) soit l’idée « d’altérer » ou, dans ce cas-ci, d’accélérer considérablement ce cycle naturel. Et ça s’inscrit parmi les pistes envisagées pour le « captage du carbone », c’est-à-dire l’idée d’emprisonner quelque part une partie de nos émissions de CO2, avant qu’elles ne s’accumulent dans l’atmosphère. 

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Les technologies de captage du carbone envisagées depuis deux décennies n’existent toutefois que dans des modèles informatiques ou sous la forme d’expériences limitées : leur utilisation à grande échelle, c’est-à-dire à une échelle suffisante pour faire une différence dans l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère, reste encore dans un futur indéterminé

À première vue, la solution des roches semble donc plus facile : écraser de la roche et la répandre dans des champs ne demande pas une technologie très poussée. Qui plus est, les fermiers répandent depuis longtemps de la roche calcaire dans leurs champs pour en accroître la productivité. 

Mais le gros problème est que tout cela dépend de la pluie. Ainsi, estiment des chercheurs dans le magazine de vulgarisation New Scientist, si on part de l’estimation d’un milliard de tonnes de CO2 retirées chaque année, au contraire, dans un scénario sans pluie, le processus de retrait du carbone de ce sol sec serait jusqu’à 25 fois plus lent.

Ces chercheurs ne sont pas eux non plus les premiers à apporter ces bémols: l’estimation « 25 fois plus lent » peut être trouvée dans les résultats d’une expérience de 14 mois menée dans des champs britanniques, et parue en 2022. Plus récemment, 10 chercheurs européens de diverses disciplines analysaient dans Nature Reviews Earth & Environment la grande marge « d’incertitude » associée aux différents scénarios d’altération forcée des roches.

C’est en plus du fait que d’extraire cette roche puis de la transporter, va générer du CO2, dont les estimations ne tiennent généralement pas compte, critiquent ces chercheurs européens.

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