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Les ondes cérébrales présentent des caractéristiques variables qui évoluent en temps réel. Des études récentes ont démontré que le cerveau offre des caractéristiques biométriques extrêmement difficiles à intercepter ou à imiter. Ces caractéristiques ont donné l'idée à des chercheurs que les signaux cérébraux pourraient être utilisés pour encoder des clés de cryptage. Ces clés de cryptage personnalisées seraient plus sûres que celles issues de l'encodage à partir de caractéristiques biométriques plus simples (empreintes digitales, empreintes rétiniennes, forme du visage...). Même des signaux ECG permettent de générer des clés cryptographiques. Toutes ces données ont cependant un défaut aux yeux des cryptologues, une fois encodées elles ne peuvent plus être modifiées de façon à pouvoir générer de nouvelles clés de cryptage. C'est là la grande différence avec les schémas d'activation du cortex cérébral : il est possible de passer d'un schéma d'activation à un autre pour obtenir une nouvelle clé. Il suffit pour cela de considérer le schéma d'activité neuronale liée à l'exécution de tel mouvement particulier et de considérer le schéma d'activité du cerveau se rattachant à l'exécution d'un autre mouvement particulier pour passer ainsi d'une clé de cryptage à une autre. Il faut préciser que pour que cette technique soit applicable, les électrodes doivent être appliquées directement sur le cortex cérébral. Évidemment bien trop invasive, elle ne pourrait réellement servir. Les études, comme on s'en doute, ont été réalisées avec des rats. 

Malgré tout, le cerveau pourrait-il tirer profit de cette caractéristique de façon à pouvoir l'utiliser pour lui-même? L'idée que le cerveau humain pourrait crypter des informations pour les dissimuler à la conscience pourrait sembler tirée par les cheveux, mais, quand on y réfléchit, s'il a suffi de moins d'un siècle à l'informatique pour parvenir à ce tour de passe-passe, pourquoi serait-il déraisonnable de penser que l'évolution du système nerveux, sur quelques centaines de millions d'années, ait pu y parvenir? Une autre idée intéressante que suggèrent ces résultats expérimentaux tient au fait que le cortex cérébral pourrait modifier sa clé de cryptage au fil du temps de façon à mieux s'assurer qu'une foule d'informations ne puissent pas trouver le chemin de la conscience. 

Compte tenu de l'extrême complexité du fonctionnement de l'organe de notre pensée, il ne faudrait pas se surprendre si on découvre, à maintes reprises, que l'évolution biologique, et plus particulièrement, dans ce cas-ci, cérébrale, a devancé celle de la pensée humaine dans ses réalisations les plus pointues. Le concept de balises de codage neuronal que j'ai proposé il y a quelques années pourrait en être un exemple : bien avant de faire son apparition en informatique au siècle passé, le cerveau se sert peut-être déjà de cette astuce de codage depuis longtemps pour son propre fonctionnement. Le cryptage pourrait être une autre de ses ressources. Si on pousse plus loin la réflexion, on pourrait se demander si ces idées qui viennent à l'esprit humain dans le domaine de l'informatique théorique ne nous sont pas disponibles que parce qu'elles seraient déjà mises en application dans notre cerveau. 

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Pour être conséquent avec ce qui est avancé ici, puisque ces résultats ont été obtenus chez le rat, et qu'il a été montré qu'il serait possible d'obtenir des clés de cryptage avec un schéma  d'activités neuronales, selon notre raisonnement, cela suggère que le cerveau du rongeur pourrait bénéficier lui aussi de cette possibilité de cryptage pour son propre fonctionnement. Puisqu'on parle ici de cryptage d'informations pour les rendre indisponibles à la conscience, il faudrait donc suggérer l'existence d'informations rendues inconscientes pour les rongeurs. Il se trouve qu'une expérience a mis en évidence ce type d'information inconsciente chez le rat, il y a quelques années : une expérience stressante vécue par des rats durant leur période juvénile est oubliée une fois qu'ils sont devenus adultes. Cette expérience oubliée peut être néanmoins réactivée. Un choc électrique leur est administré dans une pièce. Devenus adultes, ils ne montrent plus aucune réaction de peur à cet endroit. Si, par contre, un autre choc électrique leur est administré dans une autre pièce, alors la réaction de peur est présente à nouveau lorsqu'ils sont placés dans la première pièce où ils avaient reçu le premier choc électrique durant la période juvénile. Les auteurs précisent «...que l'âge de développement [du rongeur] est un facteur limitant la réactivation des souvenirs infantiles, ce qui suggère qu'un processus de maturation cérébrale est nécessaire pour permettre la récupération d'un souvenir infantile perdu »1. La question se pose néanmoins : est-ce bien par cryptage que le cerveau du rongeur adulte rend ce type d'information inconsciente ou est-ce par un autre mécanisme? Cette question reste pour le moment sans réponse. Je proposerai dans le prochain article une autre possibilité pour permettre à des informations de rester inconscientes.

 

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