On appelle ce phénomène magnétorésistance géante. Albert Fert, de l’Université de Paris-Sud, et Peter Grünberg, du Centre de recherche sur les corps solides de Jülich, en Allemagne, l’ont découvert chacun de leur côté, en 1988, alors qu’ils poursuivaient des travaux distincts.
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Explication. L’information sur un disque dur est enregistrée magnétiquement, et un lecteur la convertit en courant électrique : vous ne le saviez peut-être pas, mais les ingénieurs, eux, le savaient bien avant 1988.
Ce que Fert et Grünberg ont découvert, c’est que d’infimes variations magnétiques peuvent être transformées en de grandes variations de résistance électrique : ils ont ainsi ouvert la porte à des travaux pour mettre au point des têtes de lecture (lancées en 1997) qui, utilisant ces infimes variations, sont devenues beaucoup plus performantes. Elles sont capables de lire des « régions » du disque dur beaucoup plus petites et beaucoup plus faibles magnétiquement. Ainsi, on a pu multiplier par 100 la quantité d’information qu’il était possible d’entreposer dans le même minuscule espace.
Le journal Le Monde rapporte des propos d’Albert Fert, 69 ans, prononcés aujourd’hui, 9 octobre, à des adolescents qui lui demandaient pourquoi autant de journalistes se pressaient autour de lui sur un trottoir de Paris : « si vous pouvez écouter de la musique sur votre lecteur MP3, c’est un peu grâce à ce que j’ai fait ».
L’impact ne s’arrête pas au iPod. En fait, cette découverte, selon les mots du Comité Nobel, « peut aussi être considérée comme une des premières véritables applications du champ prometteur des nanotechnologies ».
C’est que le stockage d’information n’est pas le seul aboutissement de la magnétorésistance géante. Les travaux lancés par Fert et Grünberg ont ouvert la porte à la spintronique, un sous-domaine des nanotechnologies qui s’appuie sur la possibilité de guider les électrons en agissant sur la rotation de leur spin, plutôt que sur leur charge électrique. En termes clairs, cela signifierait des mémoires informatiques qui resteraient stables même en l’absence de courant électrique, des données plus sécurisées ou des ordinateurs qui démarrent plus vite.
La spintronique est encore hautement théorique. Mais c'est son existence, à titre de champ de recherche prometteur, de même que les retombées dans l’informatique qui, elles, sont on ne peut plus visibles, qui ont justifié le choix du Comité du prix Nobel.





