Deux études parues en février suggèrent en effet que tout le monde, pays riches et pays pauvres, devrait se débarrasser complètement des carburants fossiles d’ici le milieu du siècle, si l’on veut empêcher un emballement du climat. Autrement dit : ramener les émissions de gaz à effet de serre à zéro, pour empêcher les températures de trop grimper.
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Quoi qu’on fasse, rappellent Ken Caldeira, de l’Institut Carnegie à Stanford et son collègue Damon Matthews, de l’Université Concordia à Montréal, les températures continueront de toutes façons de grimper au cours des prochaines décennies. C’est qu’une diminution des gaz à effet de serre n’est pas l’équivalent d’un interrupteur qu’on met à « off » : ce que nous envoyons depuis des décennies dans l’atmosphère y restera pendant des décennies.
Le fait est connu des climatologues, mais il n’avait jusqu’ici jamais été employé pour exiger avec pareille vigueur, chiffres à l’appui, une réduction aussi radicale.
« Les discussions politiques internationales, explique Damon Matthews dans le journal de l’Université Concordia, se concentrent sur la définition de cibles de réduction d’émissions, qui conduiraient à stabiliser les niveaux de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Toutefois, des niveaux constants de gaz à effet de serre auront pour conséquence que le réchauffement se poursuivra jusque tard dans le futur. L’objectif de notre étude était de déterminer combien d’émissions seraient nécessaires pour prévenir tout futur réchauffement. »
Et leure réponse, donc, c’est zéro. Leur étude, parue le 27 février dans la revue Geophysical Research Letters, avait été précédée d’une autre étude, par une équipe germano-américaine, émettant un semblable signal d’alarme, le 14 février dans Global Biogeochemical Cycles. Toutes deux ont été relativement peu couvertes par les médias, mais le fait que leur argumentaire se soit retrouvé le 10 mars à la Une du Washington Post , lui a donné tout à coup une plus grande résonance.
Mais un objectif de zéro émission, est-ce vraisemblable, demande justement le Post, quand on sait que les politiciens américains commencent à peine à s’entendre sur un objectif de réduction de 70% d’ici 2050. Le Sénat doit voter là-dessus en juin, et les trois candidats à la présidence appuient à peu près cet objectif (Obama et Clinton proposent 80%, McCain s’est arrêté à 60%).
« C’est un défi technologique mais, admet Caldeira, le plus gros défi sera d’obtenir le consensus politique. »
Car prévoir à aussi long terme n’est pas dans notre nature, encore moins dans celle des politiciens. « Les gens ne réduisent pas leurs émissions du tout, ils débattent encore moins pour savoir si 88% ou 99% est suffisant », résume Gavin A. Schmidt, de la NASA, et un des climatologues derrière le prestigieux blogue Real Climate. « C’est comme si vous prépariez un voyage en auto de New York jusqu’en Californie, et que avant même de partir, vous débattiez de l’endroit où vous allez stationner, à la fin. »
Ce qui distingue ces deux études de plusieurs autres, c’est le long terme : 500 ans de futurologie dans un cas, jusqu’à 2000 ans dans l’autre. Par exemple, selon le co-auteur de la seconde, Andreas Schmittner, de l’Université d’État de l’Oregon, si les émissions ne restent pas à zéro jusqu’en 2300, à cette époque, la température moyenne aura augmenté de 7 ou 8 degrés Celsius. En comparaison, depuis un siècle, elle a augmenté de moins d’un degré.
« J’ai été frappé, explique Schmittner dans le Washington Post , par le fait que le réchauffement continue très longtemps après que les émissions eurent décliné... Nos actions, aujourd’hui, auront des conséquences pour de très nombreuses générations. Pas juste une centaine d’années, mais des milliers d’années. »





