StanleyPlotkin.jpg

Stanley Plotkin, 93 ans, a vu au cours de sa carrière médicale de moins en moins d'enfants mourir des suites de maladies qui étaient devenues évitables grâce à des vaccins. Y compris des vaccins qu'il avait lui-même contribué à développer. Il n'aurait toutefois jamais cru être témoin d'un renversement du pendule.

À lire également

« Tout ce que je peux dire, c’est que je commence à regretter d’avoir vécu aussi longtemps —parce que nous sommes sur le déclin », déclare-t-il dans le cadre d’un portrait que lui consacre le magazine médical américain STAT

Il sait ce qui pointe à l’horizon, poursuit le magazine: beaucoup d’enfants contracteront des maladies qui pourraient être évitées, et certains vont en mourir. 

Abonnez-vous à notre infolettre!

Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!

Il est assez vieux pour non seulement se rappeler une époque où la médecine n’avait pas encore ces outils à sa disposition, mais plus encore, une époque où sa propre famille craignait ces maladies infantiles contre lesquelles il n’y avait aucune parade. Autant les plus connues de ces maladies, comme la rubéole —il a contribué à créer le vaccin dans les années 1960— que les moins connues, comme l’infection à Haemophilus influenzae de type b, dont 20 000 enfants par année développaient la forme la plus grave rien qu’aux États-Unis, et plusieurs centaines en mouraient, avant l’introduction d’un vaccin dans les années 1980. 

Stanley Plotkin a commencé sa carrière à une époque qui était, de plus, celle d’autres pionniers, comme Maurice Hilleman, impliqué dans le développement de plusieurs vaccins, incluant celui contre la rougeole au début des années 1960, et Hilary Koprowski, à qui on doit le vaccin contre la rage et avec qui Plotkin a travaillé, dans un laboratoire qui se consacrait au développement d'un vaccin contre la polio. 

Mais ces gains des sept dernières décennies sont aujourd’hui menacés, déplore-t-il, à cause de la lente érosion des taux de vaccination, elle-même encouragée par des personnalités influentes comme l’antivaccin notoire des années 2010, Robert F. Kennedy Jr, devenu l’an dernier ministre de la Santé des États-Unis. 

Le passage du temps a également joué contre les succès de la vaccination. Les parents d’aujourd’hui grandissent dans un monde où plus personne n’a entendu parler de ces maladies. Leurs propres parents n’ont jamais été confrontés, ni dans leur famille ni dans leur entourage, à un cas de rougeole ou de polio. En comparaison, raconte Plotkin, « mes parents n’auraient jamais été influencés par les choses qui sont dites aujourd’hui [sur les réseaux sociaux], parce qu’ils avaient été témoins de la maladie chez les enfants ».

Il n’est pas confiant pour le futur immédiat. La seule chose qui pourrait provoquer un changement d’attitude, « ce seraient des éclosions de maladies qui auraient pu être évitées. Mais ça va prendre du temps, et c’est pourquoi je ne suis pas optimiste que les choses vont prendre une direction favorable dans un futur prévisible. »

« La santé publique, poursuit Stanley Plotkin, c’est de protéger tout le monde par la participation de tout le monde... Et ce principe a été abandonné. Le principe à présent, c’est ‘j’accepte ce que suis prêt à accepter et au diable tous les autres’. Dire aux gens qu’ils n’ont pas besoin d’être vaccinés, c’est faire la promotion des maladies. Ce n’est pas seulement stupide, c’est immoral. »

Je donne