Les astronautes en route pour Mars devraient s'attendre à recevoir une dose de radiations pas mal plus élevée que prévu. Dangereuse? Ça dépend de la perception de chacun: mais en tout cas, supérieure aux normes jugées acceptables par la NASA.

Ce n’est pas pour rien qu’on a vu surgir ces dernières années au moins deux propositions inédites pour un «bouclier anti-radiations» : l’un à base de glace et l’autre fait... des excréments des voyageurs. Parce qu’on sait que les radiations solaires et cosmiques, au-delà du bouclier naturel qui protège la Terre, représentent un adversaire mortel pour les cellules vivantes.

Mais les dernières mesures à bord de la sonde spatiale qui a transporté le robot Curiosity sur Mars, apportent des données inquiétantes : elles collent aux estimations les plus pessimistes qui avaient été faites jusqu’ici.

Il faut savoir que c’est la première fois qu’un tel détecteur fait un voyage Terre-Mars, et mieux encore, il n’a pas été protégé outre-mesure: c’est-à-dire, pas davantage que ne l’aurait été un humain voyageant à bord d’un tel vaisseau spatial. Jusqu’ici, les estimations étaient plutôt le résultat de modèles informatiques, extrapolant à partir de ce qu’on connaît des radiations —et ces estimations variaient entre optimisme et pessimisme.

Le voyage Terre-Mars de la sonde Mars Science Laboratory, qui a livré Curiosity à la planète rouge en août 2012, a duré 253 jours —approximativement la durée d’un voyage habité, s’il devait y en avoir un dans la prochaine décennie.

En chiffres, lit-on dans l’étude parue dans Science , ça donne une dose de radiations de 0,66 sievert pendant le voyage aller-retour, et d’environ 1 sievert si on y ajoute un séjour sur Mars. Qu'est-ce qu'un tel taux signifie? En termes médicaux, ce n’est ni mortel ni même dramatique: il représente une hausse de 5% du risque de développer un cancer mortel. Mais le simple fait qu’on puisse mesurer une hausse du risque signifie qu’on a dépassé le seuil de ce qui est jugé acceptable par les services de santé et les agences gouvernementales, incluant la NASA.

En théorie, il est possible de concevoir des engins spatiaux «renforcés» —davantage de couches d’aluminium ou de polyéthylène autour du module principal pour protéger ses occupants. Ou bien des théories plus avant-gardistes, comme celle de l’eau ou des excréments logés tout autour de l’engin et agissant comme boucliers. Mais ça implique des engins spatiaux différents de ceux d’aujourd’hui, ce qui rend un départ vers Mars en 2020 moins probable.

À moins que la NASA n’ait rien à y voir. Les deux projets évoqués cette année —celui d’un couple qui ferait l’aller-retour sans se poser sur Mars, et celui d'un aller simple de quatre personnes qui iraient vivre sur la planète rouge— sont tous deux des projets commerciaux, donc pilotés par le secteur privé. Pour quelqu’un qui est prêt à risquer sa vie en toute connaissance de cause, ça simplifierait les choses...