En plus d’être une catastrophe humanitaire, la guerre au Yémen est une catastrophe sanitaire, et à présent une opportunité pour les maladies infectieuses : on commence à y observer, chez les blessés et les malades, des cas de bactéries résistantes aux antibiotiques.

On sait que les bombardements menés par l’armée saoudienne depuis trois ans chez son voisin yéménite ont fait plusieurs milliers de morts. Mais l’offensive va au-delà de la destruction des édifices et des zones détenues par les opposants au régime : c’est une offensive économique qui a mis à mal l’approvisionnement de base en nourriture, en eau potable et en médicaments. Cette combinaison a un impact dévastateur, de loin supérieur à celui des bombes.

Pour l’Organisation des Nations Unies, le Yémen est en ce moment « le pire désastre humanitaire du monde », peut-être le pire en 50 ans. Des millions de personnes sans accès à de l’eau potable, 18 millions sous-alimentées, dont plus de 400 000 enfants qui, selon un rapport de l’UNICEF en janvier, souffrent d’une famine endémique. Plusieurs de ceux qui survivront resteront toute leur vie avec des séquelles de cette malnutrition ou de maladies comme le choléra.

Ou comme cette bactérie Acinetobacter baumannii observée récemment par Médecins sans frontières. L’existence de bactéries de plus en plus résistantes à la plupart des antibiotiques est depuis des années un motif d’inquiétudes croissant dans les pays occidentaux. Mais dans un pays qui était déjà l’un des plus pauvres de la planète avant d’être ravagé par la guerre, c’est une catastrophe : dans le scénario du pire évoqué en fin de semaine par le New York Times, cette bactérie pourrait être d’ores et déjà si répandue dans le sol et dans la population qu’il serait impossible d’espérer arrêter sa prolifération.

Et le Yémen pourrait être le signe avant-coureur :

Dans les crises humanitaires, toute l’attention se porte sur les soins d’urgence et d’autres problèmes sont souvent négligés. La surveillance de la résistance aux médicaments est souvent intermittente, mais il semble que « plusieurs personnes meurent d’infections » dans les conflits au Moyen-Orient… Des découvertes similaires à celle de Médecins sans frontières au Yémen sont apparues dans des petites études en Syrie : "l’infrastructure de l’aide internationale ne s’est pas ajustée à la réalité".