En démantelant leur agence d’aide au développement (USAID), les États-Unis ont coupé en 2025 environ 10 milliards$ à des pays dont les systèmes de santé sont fragiles. Ces coupes, accompagnées de celles dans la recherche en santé, auront des impacts mesurables en 2026, et pas seulement chez les pays les plus pauvres.
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1) Des millions de morts évitables
Déjà cet automne, des experts en santé publique estimaient que des centaines de milliers de décès en 2025 pourraient être attribués au retrait de l’aide financière aux luttes contre les maladies infectieuses et la malnutrition, en particulier en Afrique. De compilations statistiques vont apparaître en 2026, à mesure qu’on constatera si les décès causés par telle ou telle maladie ont augmenté par rapport aux années précédentes.
Mais en observant cette aide par l’angle historique, une analyse parue en juillet dans le magazine médical The Lancet estimait que l’aide fournie par l’USAID pour combattre le sida, la tuberculose, la malaria et la polio, en plus de la lutte à la mortalité infantile et du suivi des femmes enceintes, avait permis de sauver 92 millions de vies au cours des deux dernières décennies.
2) Risque accru pour la santé des femmes
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Les mêmes chercheurs en santé publique s’inquiètent des impacts que ces coupes auront —ou ont déjà— sur la santé des femmes, mais il est loin d’être sûr qu’on pourra en mesurer les impacts dès 2026. Par exemple, parce qu’il y a d’ores et déjà moins de suivis des femmes enceintes dans les pays les plus pauvres, le nombre de décès à la naissance, de fausses couches, ou même la mortalité maternelle, a possiblement augmenté en 2025. Mais comme, dans la plupart des pays du Sud, une bonne partie de ces événements se passent à la maison, ils risquent de ne pas être comptabilisés par les autorités locales de la santé.
Enfin, les États-Unis allouaient depuis une décennie environ 607 millions$ à la « planification familiale », incluant la distribution de produits contraceptifs à des dizaines de millions de femmes.
3) Impact sur la santé des femmes aux États-Unis aussi
Dans la première moitié de 2025, le nouveau gouvernement Trump a annoncé des coupes majeures dans la recherche scientifique et, parmi les secteurs les plus touchés, plusieurs auront davantage d’impact à long terme sur la santé des femmes que des hommes. Par exemple, en ciblant tout ce qui touche de près ou de loin aux personnes trans ou aux questions de « genre », les National Institutes of Health —le principal organisme subventionnaire de la recherche en santé aux États-Unis, et l’un des plus gros dans le monde— se sont trouvées à couper dans les recherches en santé qui comparent les effets d’un traitement sur les hommes et sur les femmes. Or, historiquement, les femmes ont longtemps été sous-étudiées dans les recherches sur des médicaments, avec pour résultat qu’aujourd’hui encore, comme le rappelait en 2025 le magazine Live Science, il existe souvent un déficit de connaissances quant aux effets d’un traitement sur les femmes. Le recul de 2025 risque de l’amplifier en 2026, aux États-Unis et dans les pays qui font de la recherche en santé en partenariat avec les NIH.
4) Impact sur la qualité des aliments
Les coupes dans des programmes et des organismes de surveillance et de régulation comme le Centre de contrôle des maladies et la Food and Drug administration (FDA) —ainsi que la mise en place de non-experts à leurs têtes— pourraient se refléter dans la qualité de l’alimentation, et pas seulement aux États-Unis. Le magazine médical STAT analysait à cet effet comme un signal d’alarme, en novembre dernier, l’éclosion de botulisme alors en cours chez des bébés. Le produit ByHeart Formula a été retiré des tablettes au Canada aussi, alors qu’on comptabilisait une trentaine de bébés hospitalisés dans trois États de l’ouest des États-Unis.
C’est un rappel inquiétant, résume STAT, « d’à quel point il est important d’avoir un système de sécurité des aliments robuste », à une époque où une grande partie de ce que nous mangeons dépend de grandes compagnies. En novembre, une enquête du magazine Pro Publica ajoutait à cela que les inspections d’installations à partir desquelles, à l’étranger, sont exportés des aliments vers les États-Unis, étaient à leur plus bas niveau historique, à cause des réductions de personnel à la FDA.
En décembre, le magazine canadien Policy Options rappelait que beaucoup de pays, incluant le Canada, « s’appuient sur des données et des réglementations provenant des États-Unis pour informer leurs décideurs politiques ».
5- Impact sur la vaccination en-dehors des États-Unis
Les annonces des dernières semaines du ministre de la Santé Robert F. Kennedy (RFK) sur les vaccins —fin de l’obligation de vacciner les bébés contre l’hépatite B et réduction du nombre de vaccins infantiles obligatoires— ont semé la consternation chez les experts en maladies infantiles. En plus de faire craindre que l’hésitation vaccinale augmente encore plus aux États-Unis, chez des parents qui croiront que leurs craintes sont justifiées.
Mais ces impacts s’étendront-ils au reste de la planète? La journaliste scientifique Helen Branswell rappelait en fin d’année l’exemple du thimérosal, un composant des vaccins qui a été la cible depuis des années des mouvements antivaccin, et de RFK. De nombreuses études ont pourtant été menées dans la dernière décennie, démontrant l’absence de risque pour la santé. Sauf que, écrit Branswell, la plupart des parents, à l’étranger, « ne sont pas familiers avec la volumineuse recherche sur le thimérosal. Ce qu’ils peuvent entendre, toutefois, c’est que les États-Unis croient » que ce composant pose un risque. Ou que leur ministre de la Santé minimise l’importance d’une éclosion de rougeole dans son pays. « Ou que le président des États-Unis pense que les enfants reçoivent trop de vaccins. »
Il faudra suivre en 2026 les enquêtes sur les taux d’hésitation vaccinale, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. La désinformation antivaccin émanant des États-Unis pourrait, à terme, provoquer davantage de décès dans le reste du monde qu’aux États-Unis.



