Les médecins s’inquiètent du phénomène croissant de résistance aux antibiotiques — des patients chez qui les antibiotiques ont perdu toute efficacité face à des infections — mais si on voulait une preuve que le phénomène est devenu planétaire, on vient de la trouver… chez des manchots de l’Antarctique.

Des biologistes australiens ont en effet identifié dans l’intestin de ces animaux des microbes présentant des gènes de résistance. Comme il s’agit de manchots qui vivent à proximité de deux établissements humains, il est possible que ces gènes aient voyagé jusqu’à eux par notre nourriture ou nos déchets.

Certes, précisent les chercheurs, de tels microbes résistants ont aussi été identifiés par le passé dans d’anciens sols antarctique, mais leur recherche ratissait plus large : ils ont aussi effectué des prélèvements sur 110 autres espèces de canards et d’oiseaux — on l’oublie, mais le manchot est un oiseau — de l’Antarctique et de l’Australie.

Et le groupe dont le microbiome a révélé la plus grande « biodiversité » de gènes de résistance aux antibiotiques était composé de canards vivant à proximité d’une usine de traitement de déchets de Melbourne — renforçant du coup l’idée du lien avec l’activité humaine. L’article n’a pour l’instant été publié que sur le serveur de pré-publication BioRxiv.

La recherche, commente dans le New Scientist un expert suédois qui n’a pas participé à ce travail, révèle que le « bassin » de gènes résistants est plus diversifié qu’on ne l’avait observé jusqu’ici. Et elle pointe surtout du doigt que le lien entre les humains et leur environnement a souvent, sur ce sujet, été sous-estimé.