L’astéroïde qui a mis fin à la carrière des dinosaures n’a pas seulement projeté dans l’atmosphère des quantités gigantesques de poussières, suffisantes pour atténuer la lumière du soleil pendant des mois, voire des années. Il a aussi acidifié les océans —ce qui lui donne un point commun avec d’autres extinctions massives d’espèces.

On estime que 75% des espèces auraient été éradiquées à la suite de cet événement cosmique, il y a 66 millions d’années. Mais les paléontologues estiment aussi que quatre autres extinctions massives ont eu lieu dans l’histoire de notre planète, et aucune n’a jusqu’ici été reliée à une telle collision. En revanche, deux d’entre elles semblent pouvoir être associées à un haut niveau d’acidification des océans. Avec celle d’il y a 66 millions d’années, ça ferait donc trois.

Dans l’édition du 21 octobre de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, une équipe de géologues et de géophysiciens de trois pays explique que l’impact a altéré la composition chimique des océans, rendant l’eau de mer suffisamment acide pour devenir inhospitalière au plancton. Une espèce qui, aussi modeste soit-elle, n’en est pas moins la base de la chaîne alimentaire.

Or, si l’acidification des océans est un élément-clef d’au moins trois des extinctions massives, il est impossible de ne pas penser au fait que c’est un phénomène qui est en train de se produire en ce moment même, à un rythme anormalement rapide —la faute au dioxyde de carbone que nous émettons en trop grande quantité, et dont une partie se perd dans les océans.

Comment un impact d’astéroïde peut-il altérer la composition d’un océan? Il suffit de frapper assez fort. En l’occurrence, dans une couche de roches sous-marines contenant des millions d’années de matériel organique, en plus d’azote et de soufre. Ces quantités astronomiques de poussières de roches éjectées dans l’atmosphère sont retombées dans l’océan sous la forme de monoxyde d’azote et d’acide sulfurique —suffisamment d’acidification pour, en quelques siècles, désintégrer les délicates coquilles de plusieurs espèces, et perturber des écosystèmes entiers pendant des milliers d’années.