Alors que certains États commencent à rouvrir leurs écoles, des chercheurs pointent des changements apportés par le confinement et susceptibles de rester, mais également des inégalités frappant les élèves.

Ces dernières semaines, l’éducation a radicalement changé avec l’essor de l’apprentissage en ligne, souligne le Forum économique mondial. Or, l’adoption de l’enseignement à distance pourrait persister bien après le déconfinement et pourrait avoir un impact sur le marché de l’éducation à travers le monde.

L’éducation en ligne ne partait pas de nulle part : les investissements chez nos voisins américains atteignaient les 18,66 milliards $US en 2019, avec une prévision de 350 milliards pour 2025 : applications pour l’apprentissage d’une langue, mentorat virtuel, outils de conférences vidéo et toutes sortes de logiciels d’apprentissage en ligne.

Avec la pandémie, c’est un quart des élèves chinois qui ont appris via des plateformes d’éducation mises en place par le ministère à la mi-février. Un mouvement massif : 730 000 élèves, ou 81% des élèves du primaire et du secondaire, ont suivi l’école de cette manière, rien que dans la métropole de Wuhan, épicentre de l’épidémie.

D’un bout à l’autre de la planète, de nombreuses formules ont été tentées pour rejoindre leurs petits apprenants à la maison. Cela a mené à des collaborations entre les institutions scolaires et les médias, comme au Québec avec Télé-Québec (En classe), avec PBS dans la région de Los Angeles (At-Home Learning), ou encore le site virtuel de la BBC (Bitesize) : 14 semaines d’apprentissages divers basés sur le curriculum, enrichis par la participation de célébrités comme le joueur de soccer Sergio Agüero.

Certains experts sont donc d’avis que l’apprentissage en ligne pourrait faire partie de l’enseignement régulier, après la pandémie. Le passage imprévu et rapide à ce type d’apprentissage, sans formation et préparation, a pu parfois être une expérience décevante. Mais un modèle hybride d’éducation, mieux planifié, pourrait émerger de cette crise.

Ceux qui ont accès à la bonne technologie y trouvent des avantages. Des recherches prétendent que les élèves mémorisent entre 25 et 60% plus de contenu lorsqu’ils apprennent en ligne. Cela s’expliquerait par une rapidité de ces apprentissages qui exigeraient de 40 à 60% moins de temps que dans une classe; et par le fait que chacun peut apprendre à son propre rythme.

Les ressources en ligne peuvent toutefois constituer une barrière à l’apprentissage, car toutes les familles ne possèdent pas les mêmes outils, la connexion adéquate ni le même niveau de connaissances pour utiliser ces technologies - d’où l’importance d’offrir des solutions diversifiées sur plusieurs plateformes.

Les élèves sans accès adéquat à Internet ne profiteront pas autant de cet enseignement en ligne et accuseront des retards plus importants, relève une étude américaine. L’écart entre ceux qui ont un accès Internet à domicile rapide ou lent équivaut à celui dans les compétences numériques entre les élèves de 8e et 11e années.

Et dans tous les cas, l’expertise des enseignants serait de mise, particulièrement auprès de ces élèves les plus vulnérables. Des chercheurs de l’UQAM qui se sont intéressés aux systèmes éducationnels dans les contextes d’urgence, de reconstruction et de développement, ont identifié trois axes importants : l’aide aux parents, l’identification des besoins des élèves mais aussi, la gestion des ressources en éducation, réalisée en collaboration avec les professeurs. Un contact en ligne avec leurs enseignants devient notamment indispensable pour les jeunes manquant de contacts sociaux et de soutien pédagogique.

Même l’accès aux repas scolaires fait partie de l’équation. Une récente infographie du Programme alimentaire mondial (PAM) rappelle le nombre de pays où les enfants risquent d’être affectés par le confinement en raison d’un manque de nourriture. Sur les 197 pays où les écoles sont fermées en raison de la Covid-19, il y aurait 168 millions d’enfants privés de repas scolaires, dont 12 millions qui reçoivent des repas par l’intermédiaire du PAM. Le prolongement de la fermeture des écoles a un impact sur la sécurité alimentaire des enfants dans plusieurs pays.