Comment estimer les dégâts à venir d’El Niño? S’il devenait, cet automne, aussi puissant que ce qui s’annonce, il pourrait causer, d’ici février, près d’un demi-million de décès excédentaires.
À lire également
Le phénomène météorologique El Niño, qui se traduit par une hausse des températures moyennes, a en effet des impacts qui varient suivant les régions du monde: plus de précipitations dans les parties côtières de l’ouest des Amériques, de la Corne de l’Afrique et de la Chine, plus de canicules et de sécheresses en Australie, en Asie du Sud-Est et dans l’Amazonie, etc.
Mais la virulence de ces impacts est aussi déterminée par la virulence du phénomène lui-même, que les météorologues ne peuvent toujours pas prévoir à l’avance. Au fil des décennies, certains El Niño ont été dans la catégorie « faible ». Celui qui s’est amorcé dans le Pacifique depuis le mois de juin est d’ores et déjà dans la catégorie « fort », et pourrait même atteindre officiellement la catégorie « très fort », appelée aussi « super El Niño ». Ses impacts se feront ensuite sentir jusqu’en février.
Abonnez-vous à notre infolettre!
Pour ne rien rater de l'actualité scientifique et tout savoir sur nos efforts pour lutter contre les fausses nouvelles et la désinformation!
On parle d’un El Niño « très fort » lorsque les anomalies de température atteignent les 2 degrés Celsius au-dessus de la moyenne, comme ce fut le cas en 1997-98 et en 2015-16. Or, le 19 septembre, les températures de surface du centre-est du Pacifique ont atteint un record de 3,05 degrés au-dessus de la normale.
L’estimation quant aux nombre de décès « excédentaires », s’étalant de juin 2026 jusqu’à février 2027, provient d’une équipe de chercheurs du Laboratoire des impacts du climat, à l’Université de Chicago, dans un rapport publié cette semaine. Il n’a pas encore fait l’objet d’une révision par les pairs. Depuis juin, El Niño serait ainsi responsable d’un peu plus de 200 000 décès et, si la tendance se maintient, 240 000 autres seraient à venir d’ici février, pour un total de 451 000. Ces estimations s’appuient sur le nombre moyen de décès attribués aux canicules entre 1996 et 2025.
L’équipe ne parle pas de ces 451 000 décès comme étant inévitables: certaines actions pourraient limiter les dégâts: par exemple, des avertissements de températures caniculaires mieux diffusés, des abris où les résidents pourraient trouver de la fraîcheur, des mesures de protection pour les travailleurs extérieurs et des centres hospitaliers mieux préparés. Mais certains pays ont moins de moyens que d’autres pour se préparer : les chercheurs estiment que le Nigéria pourrait compter à lui seul plus de 31 000 décès, l’Indonésie 19 000, et le Soudan, 17 500.
Le mois dernier, une compilation préliminaire des données estimait qu’en Europe, 35 000 décès pourraient être attribués aux quatre canicules survenues cet été, qui ont battu des records.
Dans le passé, explique l’économiste Michael Greenstone, co-fondateur du Laboratoire des impacts du climat et co-auteur du nouveau rapport, les chercheurs ont été capables de prédire quand les agriculteurs subiraient le plus gros des impacts d’El Niño, et pouvaient lancer des alertes en conséquence. Ce rapport « ouvre la porte à la possibilité de le faire pour un impact encore plus important. »




