La mission Artemis 2 semble, sur les réseaux sociaux, avoir donné un regain d’énergie à ceux qui ne croient pas que 12 astronautes américains ont marché sur la Lune entre 1969 et 1972. Mais leurs arguments restent les mêmes depuis des décennies. Le Détecteur de rumeurs a passé en revue 10 des plus fréquents, au bénéfice de ceux qui voudraient tenter un dialogue.
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Il convient de ne pas confondre une personne fermement convaincue que les Américains n’ont jamais marché sur la Lune, et une personne qui doute. Comme le rappelait en 2018 le journaliste Paolo Attivissimo, auteur du livre Moon Hoax: Debunked:
Une personne qui doute est toujours ouverte à un argument raisonné et à des preuves clairement présentées. Plusieurs personnes ont des doutes sur les alunissages, simplement parce qu’elles ne sont pas familières avec le sujet et ont entendu les théories.
1) « Si on était vraiment allé sur la Lune il y a 50 ans, on n’aurait pas arrêté »
C’est une question de gros sous. Lorsque le président John F. Kennedy avait lancé, en mai 1961, son célèbre appel à ce que des Américains débarquent sur la Lune avant la fin de la décennie, le budget de la NASA avait doublé d’un seul coup. Puis, il avait encore doublé l’année suivante, et à nouveau augmenté, jusqu’à atteindre, en 1965, environ 4,5 % du budget de l’ensemble du gouvernement américain. S’il avait encore été à cette hauteur en 2025, alors que le budget gouvernemental total était de 7000 milliards$, le budget de la NASA aurait été d’environ 320 milliards. Alors qu’en réalité, il était de 24 milliards. La mission Artemis 2 coûte, à elle seule, 4,1 milliards $.
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La réduction des budgets phénoménaux de jadis avait commencé alors même que le programme lunaire était encore en cours: au point où les trois dernières missions prévues, Apollo 18, 19 et 20, avaient dû être annulées.
2) Le commandant d’Artemis 2 a dit que personne n’était allé sur la Lune?
Dans un court extrait d’une entrevue en septembre 2025, l’astronaute Reid Wiseman, commandant de la mission Artemis 2, déclare: « c’est la première fois que nous allons envoyer des humains sur la Lune et avoir des humains en orbite basse ». Les amateurs de théories du complot y ont vu un aveu comme quoi personne ne serait allé sur la Lune auparavant. Il faut écouter le reste de l’entrevue, où il parle avec admiration des missions Apollo, mais déjà, l’extrait donne un indice: il dit que c’est la première fois qu’il y aura en même temps des humains autour de la Lune et en orbite terrestre —puisqu’il y a en ce moment des humains sur la station spatiale internationale.
3) On ne voit pas d'étoiles sur les photos prises sur la Lune, c'est la preuve que ces photos ont été prises en studio?
Si vous avez l’opportunité d’un dialogue avec une personne qui doute, comparez vos propres photos nocturnes. Pour y voir des étoiles, il faut un appareil réglé avec un temps d'exposition de quelques minutes. Qui plus est, prendre des clichés sur la Lune n’était pas une tâche facile : soit le Soleil était bas à l’horizon, produisant un paysage lunaire brillamment éclairé, soit les astronautes prenaient des photos de leur collègue au scaphandre tout blanc, ou d'un phénomène géologique proche. Toutes des conditions nécessitant un temps d'exposition se mesurant en fraction de seconde, et non pas en minutes.
Comme l'expliquait (dès 2001 !) l’auteur et blogueur Keith Mayes, « si l’obturateur de la caméra avait été gardé ouvert assez longtemps pour que les étoiles apparaissent, tout le reste aurait été surexposé dans un blanc éblouissant ».
4) Le drapeau flotte au vent ?
C’est sans doute la photo la plus souvent utilisée dans ces argumentaires : un astronaute qui se tient à côté d'un drapeau qui semble onduler, alors qu’il n’y a pas d’air sur la Lune. Y aurait-il eu un courant d’air dans le studio ?
En fait, il n'ondule pas : il est accroché à une barre horizontale qui n'a pas été complètement déployée, ce qui laisse le drapeau avec des plis, comme un rideau qui n’aurait pas été complètement tiré.
5) Sur des photos, les ombres ne sont pas parallèles, comme elles devraient l'être si le Soleil était la seule source d’éclairage. C’est donc la preuve que ça a été tourné en studio?

Photo prise par Neil Armstrong pendant la mission Apollo 11 / NASA
C'est une illusion d'optique que reconnaîtront tous les photographes et tous les peintres paysagistes : la direction que semblent prendre les ombres dépend en partie de notre point de vue d'observateur —et le phénomène est amplifié lorsque les ombres sont particulièrement longues, dû au fait que le Soleil est bas sur l’horizon. « Nous pouvons reproduire cet effet n’importe quand sur Terre », commentait en 2019, dans une conférence à l’Observatoire royal de Greenwich, le professeur Anu Ojha.
Par ailleurs, l’idée que ces ombres prouveraient qu’il y a plus d’un projecteur dans le studio contient une contradiction : s'il y avait plus d'une source d’éclairage dans le dos des astronautes, il y aurait plus d'une ombre…
6) Si on double la vitesse des films, les astronautes et les jeeps lunaires se comportent comme ils se comporteraient sur Terre?
Pour les astronautes, ça peut se débattre. L'astronome Phil Plait, qui a déboulonné plusieurs des mythes du genre dès les années 1990, considère pour sa part que même à vitesse double, les humains « n'ont pas l'allure qu’ils auraient s'ils étaient filmés avec la force de gravité terrestre »: leur démarche est plus saccadée et chancelante.
Pour les jeeps toutefois, il n’y a pas matière à débat, poursuit Plait: leur comportement n'est définitivement pas terrien, lorsqu'on observe la poussière rejetée par leurs roues.
La poussière s'élève suivant une parabole parfaite et retombe sur la surface. Si c'était filmé sur la Terre, où il y a de l'air, la poussière aurait ondulé autour de la roue et aurait flotté au-dessus de la surface... C'est en fait une très belle démonstration d'un vol balistique dans un vide.
7) On n’a pas de preuves qu’ils sont allés sur la Lune?
Si les explications relatives aux photos et aux films laissent de marbre une personne qui croit à la théorie du complot, la suite ne risque pas de la faire changer d’avis non plus. Mais au bénéfice d’une personne qui doute, il peut être utile de rappeler qu’on dispose grâce aux missions Apollo de plus de 8400 photos accessibles à tous, de milliers d’heures de vidéos, des enregistrements audio des conversations entre les astronautes et la Terre (et leurs transcriptions), ainsi que de quantité de documents allant des descriptions techniques de chaque instrument jusqu’aux rapports médicaux en passant par les articles scientifiques et les budgets.
Sans oublier 380 kilos de roches lunaires. Elles ont une « empreinte » qui les distingue des roches terrestres, créée par les rayons cosmiques qui, en l'absence d'atmosphère, bombardent la Lune en permanence depuis des milliards d'années. « Il y a des isotopes dans les roches lunaires que nous ne trouvons normalement pas sur Terre, créés par les réactions nucléaires avec ces rayons cosmiques à très haute énergie », explique David McKay, du Centre spatial Johnson de la NASA, interrogé en 2001 par l'ingénieur et blogueur Calvin Hamilton.
Et si on en est aussi sûr, c'est parce que ces roches ont été étudiées depuis plus de 50 ans par des milliers de scientifiques provenant de dizaines de pays. Plus récemment, on a même eu droit à de nouveaux échantillons de roches lunaires, ramenés par la sonde lunaire chinoise Chang’e.
Enfin, il y a les miroirs que les astronautes d’Apollo 11, 14 et 15 ont laissés sur la Lune —de même que deux sondes soviétiques automatiques, Luna 17 et 21. Comme l’explique le site de la NASA, ces miroirs ou réflecteurs laser ont permis de mesurer la distance Terre-Lune avec une précision de l’ordre du millimètre, grâce au temps qu’il faut à un faisceau laser pour faire l’aller-retour. L’IEEE (Institute of Electrical and Electronics Engineers), qui se décrit comme la plus grosse association du monde vouée à l’avancement technologique, parle de ces miroirs comme d’une expérience qui a non seulement permis de valider l’usage de lasers « sur des distances astronomiques, mais a aussi jeté les bases pour des décennies d’explorations scientifiques en gravitation, géophysique et planétologie ».
8) La ceinture de radiations qui entoure la Terre aurait tué les astronautes ?
On appelle ce phénomène la ceinture Van Allen. C'est effectivement un lieu où les niveaux de radiations sont plus élevés. Mais la quantité de radiations qui peut traverser la peau des astronautes, sans parler du blindage de la capsule, a été dûment calculée depuis les années 1960, et elle se retrouve bien en deçà du seuil de danger. Une des raisons de ces calculs est économique : plusieurs pays ont des satellites en orbite qui valent des milliards de dollars et qui sont devenus indispensables au quotidien — télécommunications, météo, télédétection. Ils veulent savoir à quels risques sont exposés leurs engins.
9) Puisque le module lunaire a balayé toute la poussière en alunissant, il ne devrait plus en rester assez dans les parages pour que les bottes des astronautes laissent des empreintes?
Sur les films montrant les dernières secondes avant les alunissages, on voit effectivement un nuage de poussière soulevé par le réacteur qui freine à ce moment la descente. Ce réacteur ne devrait-il pas avoir été l'équivalent d'un aspirateur laissant une surface toute propre ?
Sur Terre, un tel aspirateur ne serait pas seul à déplacer la poussière : l'air qui nous entoure serait lui aussi « déplacé » et ajouterait ainsi aux mouvements de la poussière. Mais sur la Lune, en l'absence d'air, les seuls grains de poussière « perturbés » sont ceux qui se retrouvent directement sous le flux du réacteur. Tous les autres restent sagement là où ils sont. On remarque d’ailleurs sur certaines images un halo immédiatement sous le module.
10) Toutes ces preuves proviennent des missions Apollo ?
Si une personne qui doute a besoin d’un point de vue « extérieur », on peut lui rappeler qu’en 2011, la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter a photographié les sites d'Apollo 12, 14 et 17. Apollo 11 a eu son tour l'année suivante. Par ailleurs, des sondes japonaise, indienne et chinoise ont aussi photographié un ou des sites des missions Apollo.
Enfin, il faut se rappeler que les Soviétiques étaient engagés, dans les années 1960, dans une course pour arriver sur la Lune avant les Américains. Ils n’auraient été que trop heureux de dénoncer un « canular » de leurs ennemis.
Une première version de ce texte est parue en juillet 2019. Les informations ci-dessus ont été remises à jour.





