Elon Musk serait donc en ce moment occupé à réussir un gigantesque appel public à l’épargne pour sa société SpaceX: elle obtiendra au moins 75 milliards$ pour, officiellement, financer ses projets de colonisation de la planète Mars et de centres de données en orbite terrestre. Mais le fait que ces deux projets soient pour l’instant irréalistes ne risque-t-il pas de faire perdre beaucoup d’argent à beaucoup de gens?
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Technologiquement, on peut tout à fait imaginer des centres de données dans l’espace, tout comme on peut faire des plans scientifiquement réalistes pour la colonisation de Mars. Mais ça coûtera beaucoup plus que 75 milliards$ et ça prendra beaucoup plus que quelques années.
- Lancements et mises en orbite : envoyer quoi que ce soit en orbite basse coûte actuellement entre 3000 et 6000$ le kilo. SpaceX promet de réduire cela à 100$ le kilo, mais ça dépend de la possibilité de réutiliser systématiquement ses fusées qui servent aux lancements. Une perspective envisageable, mais loin d’avoir été réalisée, rappelle le magazine TechCrunch. Une « modeste » infrastructure d’IA avec des génératrices et des radiateurs représenterait des dizaines de milliers de kilos, s’était amusé à calculer l’auteur Anand Karasi en novembre dernier. « Transporter cette masse jusqu’à l’ISS [la station spatiale internationale] ou à une plateforme similaire coûterait des centaines de millions de dollars » sans compter qu’il faudra protéger les équipements électroniques contre les radiations solaires, et sans compter le poids de tout éventuel panneau solaire supplémentaire.
- Évacuer la chaleur : sur Terre, les centres de données sont refroidis par de l’eau ou de la climatisation —mais comme la climatisation nécessite de l’air, ce sont, dans l’espace, de larges radiateurs qui évacuent la chaleur. Ceux qui sont à bord de l’ISS ont été conçus pour évacuer des dizaines de kilowatts, pas des mégawatts. Ça veut donc dire monter là-haut de très gros radiateurs, avec la facture pour la mise en orbite qui va suivre. « Ça ne va pas arriver bientôt », titrait le New Scientist en décembre.
- Quant à la planète Mars, les estimations ont été encore plus nombreuses puisque Musk en a parlé depuis 2014. Ces estimations ne sont pas optimistes. Il faudrait des milliers de lancements pour amener les gens, l’équipement et jusqu’à l’oxygène, sans lequel, au début du moins, la colonie martienne ne serait pas viable. C’est sans compter la quantité de radiations à laquelle ces « Martiens » seraient exposés et contre laquelle il faudrait développer des parades.
Le lien entre tout ça et l’appel aux 75 milliards$, c’est que la valeur théorique de SpaceX de 1800 milliards$, sur laquelle on base la valeur des parts actuellement mises en vente, s’appuie sur des technologies qui, non seulement n’ont pas encore été testées, mais surtout, ne deviendront réalité que dans un futur plus éloigné et incertain que ce que suggèrent les discours optimistes. Un rapport du journaliste économique Eric Gardner publié en mai était particulièrement critique, utilisant le mot « truqué » pour qualifier toute cette opération: SpaceX a bénéficié d’un passe-droit des autorités financières américaines pour lancer cette IPO (initial public offering) aussi vite. Mais en plus, il y a les obstacles technologiques.
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Au final, comme le rappelle Gardner, il y a trois compagnies : X (anciennement Twitter), xAI (l’entreprise d’IA de Musk) et SpaceX. Les deux premières sont déficitaires, et elles ont récemment été rachetées par SpaceX. Avant cela, en 2024, SpaceX avait eu des revenus de 15 milliards$ et des profits de 800 millions$. C’était peu, et la propriété de xAI a entraîné un déficit en 2025. Musk a donc besoin d’argent pour financer à court terme son IA —et c’est à cela que pourrait servir cet IPO, pas à la colonisation de Mars. « Ils ont investi un important montant d’argent dans ce qui ressemble à une ligne d’affaires qui n’a aucun parcours clair vers la profitabilité », résume Gardner.
Dans une IPO typique, 90% des parts vont à des investisseurs institutionnels, et 10% à des petits investisseurs. Ici, ce sera plutôt 30%. Ceux qui risquent de perdre, ce sont ces investisseurs moins avisés, qui auront l’impression de faire un gros coup d’argent au début si —comme c’est souvent le cas— la valeur de la compagnie augmente très vite dans un premier temps, avant de tomber en-dessous de sa valeur très théorique.





