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La pleine lune fascine ou inquiète les humains depuis longtemps: pensons au mythe du loup-garou. Dans le monde de la santé, un mythe tenace veut qu’elle influence la naissance des bébés. Le Détecteur de rumeurs s’est demandé ce que les statistiques en disaient.


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Les origines de la rumeur

L’idée que la Lune a un impact sur nos vies remonte à des milliers d’années. La correspondance entre les durées du cycle menstruel et du cycle lunaire a certainement contribué à cette association d’idées, soulignaient en 2008 des chercheurs allemands dans une recherche consacrée à l’influence du cycle lunaire sur les naissances.

De plus, une grossesse dure 265 jours, c’est-à-dire exactement 9 mois lunaires, ajoutaient en 2020 des scientifiques espagnols qui s’étaient aussi penchés sur cette croyance populaire. C’est probablement en raison de ces similarités que les gens en sont venus à faire un lien entre la Lune et la reproduction humaine.

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Or, la croyance est encore très présente dans les unités d’obstétrique, notaient en 2005 des chercheurs de la Caroline du Nord. Les médecins et les infirmières étaient en effet nombreux à se dire plus occupés les soirs de pleine lune.

Des études qui se contredisent

Le lien entre les phases de la Lune et les accouchements a donc fait l’objet de beaucoup de recherches.

En 1988, des chercheurs belges ont ainsi réanalysé les données de 21 études publiées dans les 50 années précédentes. Ils ont constaté que la plupart arrivaient à des résultats négatifs. Plus récemment, des recherches menées en 2005 en Caroline du Nord et en Arizona, en 2008 en Allemagne et en 2020 en Espagne, n’ont trouvé aucune association entre les phases de la Lune et le nombre de naissances. 

Les auteurs soulignent de plus que la plupart des études qui observent une telle association ne s’entendent pas sur la phase responsable. Par exemple, certaines ont noté un nombre plus important de naissances dans les deux jours suivant la pleine lune alors que d’autres ont remarqué cette augmentation pendant la nouvelle lune et le premier quartier et d’autres encore, à la pleine lune et à la nouvelle lune.

Le Détecteur de rumeurs a fait sa propre recension : sur 49 articles publiés entre 1949 et 2025, 31 ont conclu que la Lune n’avait aucun effet sur le nombre de naissances. Parmi les 18 articles qui affirmaient avoir détecté un effet, nous n'avons pas observé de consensus sur la phase lunaire responsable. Par exemple, certains ont observé plus de naissances avant la pleine lune, d'autres à la nouvelle lune ou entre le premier croissant et le premier quartier.

Un casse-tête mathématique

Déjà, ces résultats contradictoires montrent que le lien avec la Lune est plus difficile à analyser qu’il en a l’air, si on ne s’entend pas sur la phase concernée. Mais en plus, la nature même d’un cycle lunaire vient compliquer le calcul.

C’est qu’un cycle lunaire dure environ 29,5 jours. Si on le divise en 4 phases, l’une d’elles sera toujours plus longue que les autres, parce que ceux qui cherchent une corrélation préféreront calculer en fonction de journées entières ou de demi-journées, plutôt que d’heures. Par exemple, certains scientifiques pourraient choisir de répartir les phases de la façon suivante: trois phases de 7 jours et une de 8,5 jours. Il y aurait donc plus de naissances pendant cette dernière.

Par ailleurs, lorsque vient le temps de choisir un test statistique, il faut s’assurer que celui-ci tient compte de la distribution des données qui n’est pas nécessairement linéaire. En effet, si la Lune avait une influence sur le nombre de naissances, on devrait observer un effet cyclique avec un sommet des naissances correspondant à la phase lunaire en cause. La distribution des données aurait donc l’air d’une courbe sinusoïdale.

Mécanisme proposé douteux

L’autre gros problème avec cette croyance tenace, c’est qu’elle n’est guidée par aucune théorie plausible, soulignaient déjà les chercheurs belges en 1988.

Par exemple, certains de ses défenseurs prétendent (à tort) que la Lune exerce une influence sur les plans d’eau —d’où le phénomène des marées— et que, justement, l’embryon se développe dans le liquide amniotique (en réalité, la Lune exerce une influence sur la croûte terrestre, d’où le fait qu’il n’y a pas de marées dans un lac ou une rivière). D’autres proposent que la gravité exercée par la Lune aurait un impact pour déclencher le travail. 

Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, ces effets hypothétiques n’ont rien à voir avec les phases de la Lune, mais plutôt avec la distance qui la sépare de la Terre. Sachant cela, certains s’intéressent plutôt à la lumière du Soleil que la Lune reflète vers la Terre et aux effets que cela pourrait avoir sur le fonctionnement du corps humain. Il n’existe toutefois rien pour appuyer cette hypothèse.

Les psychologues qui ont analysé le phénomène des fausses croyances diraient que la persistance de cette superstition s’explique par le biais de confirmation, c’est-à-dire cette tendance qu’ont les humains à porter attention seulement à ce qui confirme leurs croyances. C’est ce que notaient entre autres, en 2005, les chercheurs de Caroline du Nord. Cela signifie que même une équipe médicale risque de remarquer plus facilement une nuit occupée si elle tombe un soir de pleine lune, que toute autre nuit occupée.

Verdict

Même si l’idée que la pleine lune pourrait influencer les accouchements a la vie dure, la grande majorité des études confirment qu’elle n’a aucun fondement scientifique.

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