Élève brillant issu d’une famille riche, Oppenheimer eut une jeunesse sans histoire. Après avoir obtenu son doctorat à l’âge de 23 ans, il accepta un poste en physique théorique à Berkeley. C’est là qu’il devint, comme beaucoup de jeunes à l’époque, un fervent partisan de justice sociale, alors considérée comme une forme de communisme.

Il semble d’ailleurs que cela soit encore malheureusement le cas aujourd’hui relativement à certains courants politiques aux États-Unis. Bien qu’il n’y ait aucune indication selon laquelle Oppenheimer ait déjà été membre du parti communiste, il ne fait néanmoins aucun doute qu’il en était proche et qu’une grande partie de son entourage y militait. Parmi les membres de sa famille rattachés à ce parti, mentionnons son épouse Kitty, son frère Frank et l’épouse de ce dernier, Jackie. Joe Dalet, le premier époux de Kitty tué dans les rangs des brigades internationales durant la guerre civile en Espagne, était également membre du parti. Ces relations ont tour à tour affecté profondément la dernière partie de la vie d’Oppenheimer.

Appelé Projet Manhattan, le développement de la bombe atomique représentait un défi considérable, non seulement du point de vu scientifique, mais aussi en ce qui a trait à la gestion humaine. L’équipe qu’Oppenheimer avait réunie à Los Alamos, au Nouveau-Mexique, était composée de scientifiques du monde entier. Plus de vingt Prix Nobel (actuels et futurs lauréats, à l’époque) y travaillèrent à un moment ou un autre*.

Après la guerre, Robert Oppenheimer fut nommé directeur du Conseil consultatif général de la Commission de l’énergie atomique, où il milita pour un contrôle international de l’énergie nucléaire. Fait à noter : Au cours du Projet Manhattan, Oppenheimer n’a fait montre d’aucun état d’âme. Pour lui, la victoire des États-Unis primait toute autre considération. Il refusa de faire un test de démonstration sur une ile inhabitée afin d’inciter les Japonais à capituler. Il proposa aussi d’utiliser des bombes dites sales qui déverseraient des déchets radioactifs sur les populations. Son opposition initiale au développement de la bombe H venait surtout du fait qu’il pensait que celle-ci ne serait pas prête à temps et il espérait « une performance supérieure » de la bombe atomique. À cette époque, Oppenheimer refusa par ailleurs de prendre la défense de ses collègues dont la loyauté était mise en doute. On mentionne qu’il transmit aux autorités le nom de physiciens de son groupe dont les activités étaient susceptibles d’entraîner des risques de sécurité, sans toutefois leur en faire part.

Dans le cadre de ses fonctions au sein de la Commission de l’énergie atomique, Oppenheimer s’était fait un ennemi dans la personne d’Edward Teller, le concepteur de la bombe H, qui ne lui ne pardonnait pas son opposition au développement de ce que ce dernier qualifiait de « super bombe ». En 1953, Edward Teller allait devenir le principal témoin à charge lors des auditions sur l’accréditation de sécurité consentie à Robert Oppenheimer par la Commission de l’énergie atomique. En plein Maccarthysme, la loyauté d’Oppenheimer avait été mise en doute. Plutôt que de démissionner, Oppenheimer choisit de se défendre. Toutefois, outre Teller, Oppenheimer avait contre lui le directeur du FBI, Edgard Hoover. Après avoir découvert qu’Oppenheimer, alors directeur de recherche à Los Alamos, avait eu une escapade amoureuse avec la militante communiste Jean Tatlock, le pudibond Hoover fut outré de cet adultère, commis de surcroît avec une communiste!

Le 24 juin 1954, par quatre voix contre une, la Commission de l’énergie atomique retira à Robert Oppenheimer son accréditation de sécurité. À la suite de cela et jusqu'à maintenant

Oppenheimer est le symbole du scientifique intègre, tandis qu’Edward Teller lui représente le chercheur sans scrupules. En fait, aucune de ces deux images ne correspond véritablement à la réalité, celle-ci étant beaucoup plus complexe. _______________________________________________________________________________________________ *Oppenheimer avait demandé à Linus Pauling de se joindre au groupe. Ce dernier refusa, arguant qu’il était pacifiste. Une autre raison pourrait être que lorsque tous deux travaillaient à Caltech, Oppenheimer aurait invité l’épouse de Pauling, Ava Helen, à une escapade amoureuse au Mexique. Ava Helen raconta l’incident à Pauling, qui ne pardonna jamais à Oppenheimer d’avoir trahi son amitié.

- Le site de l' Organisation pour la science et la société de l'Université McGill