Il souhaitait que l’on se souvienne de lui comme un grand découvreur de comètes. Malheureusement, l’histoire en décida autrement.

« Un furet » on dirait un furet, pensait la courtisane, penchée à la fenêtre du château, en voyant passer le vieil astronome. Depuis toujours, il se déplaçait à toute vitesse, comme une comète, rasant les murs, la tête penchée vers le sol, le dos courbé.

Dixième enfant d’une famille nombreuse, il devait, plus souvent qu’à son tour quand il était jeune, dormir par terre tout près de la fenêtre. Il y passait de longues heures à rêvasser en contemplant, tantôt les fantasmagoriques nuages que révélait la pleine lune, tantôt le chatoiement des étoiles. Lorsque le temps le permettait, l’été plus particulièrement, il s’allongeait toute la nuit à l’extérieur de la maison familiale et s’y livrait à son passe-temps favori: le guet.

Il s’imaginait, dans sa petite tête d’enfant, être un vrai découvreur d’étoiles. À quatorze ans, il assista à un extraordinaire spectacle qui le marqua au plus haut point: la plus belle comète jamais apparue traversa le ciel de sa ville natale, une comète qui traînait six queues. L’éblouissant spectacle lui fit oublier le scintillement froid des étoiles. Ce serait dorénavant l’apparition des comètes qu’il allait guetter.

Monté à Paris, il se dénicha un emploi à l’Observatoire. Dans ses temps libres, il chassait la comète. Combien de fois n’a-t-il pas ameuté son entourage, croyant avoir découvert une nouvelle visiteuse chevelue? Il en dénombra quelques-unes, certes, mais la plupart du temps de petites taches lumineuses, très gênantes, l’induisaient en erreur. Il était alors la risée de la Cour. Honteux, l’aube et le crépuscule le surprenaient à raser les murs d’encore plus près.

Pour ne plus prendre les vessies pour des lanternes, ou plutôt de simples lueurs floues pour d’éblouissantes comètes, il entreprit d’établir une liste de tous les leurres du ciel.

Ironie du sort: passionné de comètes, son nom passa à l’histoire, non pour les comètes qu’il découvrit, mais pour avoir établi un catalogue des objets « indésirables » qui n’en étaient pas.