Lorsque Steve Jobs est décédé au mois d'octobre dernier, des voix se sont élevées pour suggérer que ce dernier aurait pu être sauvé s'il n'avait pas initialement fait appel à la médecine naturopathique. Des arguments qui demandent à être examinés de manière objective.

Steve Jobs souffrait du cancer du pancréas, une forme de cancer associée à un très mauvais pronostic de survie, mais heureusement relativement rare, puisqu’il ne représente que 3% de tous les cancers diagnostiqués. Toutefois, sa forme de cancer, une tumeur neuroendocrine du pancréas ou TNEP, était encore plus rare, représentant seulement 1% de tous les cancers associés à cet organe. Par ailleurs, contrairement à la majorité des cancers du pancréas, les TNEP ont des pronostics de survie beaucoup plus encourageants. Les cellules cancéreuses ont tendance à se développer lentement et ne se propagent pas aussi rapidement aux autres organes. Ce qui veut dire que si la tumeur est détectée, et enlevée de manière chirurgicale, les chances de guérison sont très bonnes quand la tumeur est contenue à l'intérieur du pancréas. Par contre, une fois que la tumeur s'est répandue à l'extérieur du pancréas, les chances de survie sont diminuées en conséquence.

La tumeur de Steve Jobs a été découverte accidentellement en octobre 2003, à la suite d'un tomodensitogramme (CAT scan) de routine. Ce dernier avait été prescrit par son médecin pour détecter la présence de calculs rénaux -le pancréas est situé près du rein gauche. À l'époque, les médecins lui avaient suggéré une opération chirurgicale visant à enlever la tumeur. Ce que Steve Jobs refusa, se tournant plutôt vers des traitements non conventionnels –la rumeur suggère une alimentation purement végétarienne, riche en jus de fruits et de traitements à base de plantes, l'acupuncture et des consultations avec des «guérisseurs».

En juillet 2004, soit neuf mois plus tard, lorsqu'il décida finalement de se faire opérer, on dut lui enlever la vésicule biliaire et une partie du pancréas, de l'intestin et de l'estomac. Une indication que la tumeur s'était propagée en dehors du pancréas. En avril 2009, Steve Jobs se rendit en Suisse pour un traitement expérimental de radiothérapie. Malheureusement, celui-ci échoua. Il subit une transplantation du foie à son retour aux États-Unis. Le fait que le cancer avait attaqué le foie était de mauvais augure, car lorsque cet organe est atteint, les cellules cancéreuses se propagent rapidement dans le reste du corps.

Il est difficile de se prononcer catégoriquement à savoir si le délai de neuf mois dans la chirurgie a eu un impact sur la survie de Steve Jobs. Le docteur David Gorski, un chirurgien oncologue, a traité de ce sujet en profondeur dans son blogue Science-Based Medicine. D'après lui, Steve Jobs n'a pas aidé sa situation en retardant son traitement, mais ces neuf mois n'ont probablement pas eu un impact sur le dénouement de la maladie. Autrement dit, la médecine naturopathique n'a pas guéri Steve Jobs, mais elle ne l'a pas tué non plus.