Le mécanisme du vaccin contre le cancer.png

Depuis quelques années, l’immuno-oncologie, domaine de la recherche médicale qui étudie les moyens de traiter les cancers à l'aide de l'immunothérapie, voit se développer un axe qui prend en compte le microbiote intestinal. Des chercheuses et chercheurs, tels que Laurence Zitvogel, Meriem Messaoudene et Bertrand Routy font partie de cette cohorte. La première est reconnue mondialement pour ses travaux dans ce domaine. Messaoudene et Routy ont, quant à eux, mis sur pied le laboratoire d’immunothérapie et d’oncomicrobiome du Centre de recherche du CHUM. En 2018, les deux scientifiques publient un article dans lequel ils montrent que l'efficacité de l'immunothérapie dans le traitement du cancer est influencée par le microbiote intestinal. Dès lors ils envisagent plusieurs approches pour rendre le microbiome des patients plus aptes à favoriser leur système immunitaire : modification de leur alimentation, ajout de prébiotiques et/ou probiotiques, voire même envisager la greffe fécale. 

Stress et immunité 

Par ailleurs, on sait depuis longtemps que si un stress aigu peut renforcer temporairement l'immunité, en revanche, un stress chronique dérègle ou même inhibe les fonctions immunitaires. Le stress chronique entraîne une augmentation du taux de cortisol, supprimant ainsi la réponse immunitaire. Une étude suggère une variabilité individuelle de la réponse immunitaire face au stress en montrant que les cellules immunitaires expriment leurs gènes différemment en pareilles circonstances et souligne la nécessité d'une approche personnalisée. Il devrait s'ensuivre que tous les moyens permettant d'atténuer un stress chronique devraient augmenter les chances de succès de traitement dans le cas de l'immunothérapie chez les patients atteints de cancer. 

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C'est du côté de l'éthologie que m'est venue l'idée de faire le lien entre stress, immunothérapie et microbiote intestinal. Plusieurs spécialistes du comportement animal cherchent à mesurer le niveau de stress chez les membres des communautés qu'ils étudient. Quand il s'agit de travaux en milieu naturel, le moyen le plus simple d'y parvenir est d'analyser les taux de glucocorticoïdes de leurs excréments. On peut citer ici, à titre d'exemple, une étude réalisée chez les macaques japonais qui a pu montrer de cette façon que le niveau de stress diminuait chez les individus ayant pu relaxer dans une source d'eau chaude dans leur milieu naturel. 

Ce faisant, si les glucocorticoïdes, ces hormones du stress, se retrouvent dans les excréments, c'est donc dire qu'elles ont été évacuées de l'organisme. Cette évacuation devrait donc, en principe, apporter un soulagement temporaire chaque fois qu'elle se produit. L'humain devrait aussi être concerné par ce phénomène. Or, il serait bien difficile d'imaginer que le microbiote intestinal n'aurait pas à intervenir dans ce cas, si bien qu'on doit se demander si des microbiomes sont plus aptes que d'autres à évacuer ces hormones du stress. Ces dernières diminuant l'activité des cellules immunitaires, favoriser une meilleure évacuation des glucocorticoïdes devrait favoriser l'immunothérapie. De quelle façon l'écosystème microbien du tube digestif pourrait-il intervenir? Peut-être le passage des hormones à travers la paroi intestinale serait favorisé par certaines espèces bactériennes et non par d'autres. Certaines enzymes bactériennes pourraient-elles traverser cette paroi en sens inverse pour neutraliser une partie de cette charge hormonale? Autre piste de recherche à envisager : la possibilité que des bactéries du tube digestif agissent plus ou moins directement sur le taux de cortisol via l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Une étude chez la souris, parue en décembre 2022, a montré que certaines espèces de bactéries intestinales produisent des molécules qui activent des nerfs qui sont connectés au cerveau, stimulant ainsi des circuits de récompense associés à l’exercice. Or, faire de l'exercice serait un moyen de combattre le stress en libérant des endorphines et en réduisant le taux de cortisol. Plusieurs voies de recherche seraient ainsi à développer en immuno-oncologie. 

 

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