Un coup de chapeau au quotidien montréalais La Presse pour son dossier sur les gourous des pseudosciences. Parce qu'il arrive tellement souvent qu’un média, au nom de l'objectivité, tende le micro au promoteur d’une thérapie douteuse sans remettre ses propos en question, que cette série de reportages constitue un contrepoids bienvenu.

Bien sûr, ça n’a pas le côté flamboyant d’un reportage de page couverture sur un spaghetti de liens entre des entrepreneurs mafieux et des fonctionnaires de l'État. Bien sûr, ça fait tellement de contenu que peu de gens auront tout lu.

Mais il faut voir l’impact. Quand une chroniqueuse « urbaine » comme Rima Elkouri commente cette série en expliquant dans ses mots ce qui différencie science et pseudoscience, ça rejoint un public bien différent que les mêmes explications, servies par des journalistes scientifiques.

Il s'en trouvera pour répliquer qu'il n'est pas plus sage de boire les paroles des bons vieux médecins. C'est vrai. La médecine traditionnelle n'est pas à l'abri des erreurs et des dérives. Mais la différence entre les médecins et les guérisseurs, c'est que ces derniers n'admettent pas la critique. Comme le souligne avec justesse le médecin et bioéthicien Marc Zaffran, cité dans le reportage de ma collègue, l'attitude du guérisseur en est une obscurantiste, beaucoup plus rigide que celle du médecin. Alors que le médecin doit sans cesse remettre en cause ses connaissances et laisse son patient solliciter un deuxième avis, le guérisseur exige de lui un acte de foi (et un chéquier).

Il y a de quoi déprimer quand on apprend que des parents ne trouvent rien d’anormal à ce qu’un gourou enseigne à leur enfant à devenir « guérisseur ».

Ce soir-là, pendant deux heures, une douzaine d'écoliers âgés de 8 à 12 ans ont appris à imposer les mains, dans une grande salle de l'hôtel Hyatt Regency de Montréal.

Et les arnaques!

Ils n’en étaient pas à une dépense près. Le cours de base coûte 711$. Le cours avancé, 954$. Sans oublier les 333$ exigés pour être officiellement reconnecté à l’univers —un préalable pour accéder au deuxième niveau.

En fait, bien des journalistes vous le confirmeront, dans toute enquête de longue haleine, on soulève des sous-sujets qui, en d’autres circonstances, se seraient mérité la page couverture à eux tout seuls. Comme l’école :

Trois écoles primaires de Lanaudière ont récemment permis à une enseignante et orthopédagogue de donner des ateliers parascolaires pour aider les élèves «à réorganiser leur énergie» en utilisant une approche basée sur la théorie des chakras.

Ou l’hôpital :

À l'hôpital universitaire Royal Victoria, depuis un an et demi, les cancéreux se voient offrir les services d'une employée contractuelle pratiquant le reiki - une technique de «canalisation d'énergie» à laquelle certains praticiens prêtent des vertus magiques.

Au contraire de l’actualité quotidienne, c’est là un dossier qui ne se démodera pas de sitôt. Il vaudra la peine d’être relu à tête reposée dans quelques mois, quand vous serez en manque d’exemples sur, vous savez, pourquoi, peut-être, ça serait possiblement important de rehausser un tout petit peu la place de la science dans la société...