La dépression périnatale est un épisode majeur de dépression pendant la grossesse ou dans les six mois suivants l'accouchement. On estime qu'environ 10 à 15 % des femmes en seront affectées. Les changements hormonaux affectant cette période particulière sont très importants. Pourraient-ils donc avoir un impact sur la fréquence de la dépression et sur son traitement?

La croyance populaire veut en effet que la grossesse soit un moment de bien-être émotionnel. Elle constituerait donc selon plusieurs une protection contre les maladies mentales. Cependant, il existe peu de données scientifiques supportant cette idée.

On sait par contre que l'estrogène et la progestérone, deux hormones jouant un rôle important dans le déroulement de la grossesse, peuvent agir comme régulateur du système nerveux, en particulier sur l'humeur. On croit donc qu'une mauvaise régulation de ces hormones pourrait expliquer en partie le développement de la dépression périnatale. Le cerveau des femmes en souffrant ne réagirait pas normalement aux variations de progestérone et d'estrogène. Ces hormones déclencheraient alors un fonctionnement anormal de l'hypothalamus, de l'hypophyse et des glandes surrénales, trois structures impliquées dans la gestion du stress.

Alors quel est l'effet de ce phénomène sur la fréquence de la dépression pendant la grossesse? Des études ont calculé que le taux de dépression était le même chez les femmes enceintes que chez celles qui ne le sont pas. On estime aussi que 23 % des cas de dépression post-partum ont en fait débuté pendant la grossesse. Certains résultats controversés indiqueraient même que la dépression pendant la grossesse serait plus fréquente que la dépression post-partum. La recherche ne semble donc pas confirmer l'hypothèse d'un effet protecteur de la grossesse contre les maladies mentales.

Du côté des traitements, une étude révèle que les femmes dépressives qui cessent leur médication pendant la grossesse ont un taux de rechute de 68 %, comparativement à 26 % de celles qui maintiennent leur traitement. La fréquence de rechute serait donc grande chez les femmes qui cessent les antidépresseurs pendant la grossesse. Ces résultats sont toutefois à prendre avec prudence puisque les auteurs de cette étude déclarent recevoir du financement de nombreuses compagnies pharmaceutiques. Par ailleurs, la sécurité des antidépresseurs pendant la grossesse est toujours un sujet de controverse.

Pour ce qui est de l'allaitement, la situation est un peu différente. Lors de l'allaitement, une hormone est sécrétée de façon importante: l'ocytocine. Celle-ci aurait pour effet de diminuer l'anxiété et les symptômes dépressifs. Bien que les résultats soient parfois controversés, la recherche semble démontrer que l'allaitement mixte et l'alimentation au biberon sont associés à un plus haut niveau d'anxiété et de dépression six mois après l'accouchement. Les symptômes de dépression seraient donc plus fréquents chez les mères qui n'allaitent pas. Les femmes qui allaitent auraient aussi un niveau moins élevé d'hormones de stress (le cortisol) et moins d'humeurs négatives.

Malheureusement, on sait que la dépression peut rendre l'allaitement plus difficile. On se retrouve donc dans un cercle vicieux où les mères dépressives cessent d'allaiter parfois prématurément et voient ensuite leurs symptômes de dépression augmenter. Cela est d'autant plus vrai que les difficultés d'allaitement elles-mêmes peuvent causer de l'anxiété chez une mère. Il est donc très important de bien épauler les mères vivant une dépression post-partum en les aidant à surmonter leurs problèmes d'allaitement plutôt qu'en encourageant le sevrage.

Les hormones de la grossesses et de l'allaitement semblent donc affecter l'état mental des nouvelles mères même si cet effet n'est pas nécessairement protecteur. Cela devrait donc faire partie de l'équation lorsque vient le temps d'établir un plan de traitement pour guérir la dépression.

- Ce texte a d'abord été publié sur le site Maman Éprouvette.