Près de 86%: c’est le nombre d’Américains qui se disent intéressés à lire plus de science dans les médias. Et pourtant... seulement 16%: c’est le nombre d’Américains qui ont lu régulièrement des nouvelles scientifiques pendant la même période.

C’est l’oeuf ou la poule. Est-ce que les médias offriraient plus d’informations scientifiques si davantage de gens en lisaient, ou est-ce que les gens en liraient plus si les médias en offraient davantage?

L’équation est loin d’être aussi simple, parce que derrière ce beau cas de dissonance, comme disent les psychologues, se cache le problème chronique auquel sont confrontés les vulgarisateurs en général et les journalistes scientifiques en particulier.

Les deux chiffres ci-haut proviennent de l’édition 2014 du rapport annuel de la National Science Foundation, baptisé Indicateurs de science et techologie . Et on pourrait trouver leur équivalent dans bien d’autres études sur l'intérêt des gens pour la science effectuées dans bien d’autres pays.

Par exemple, dans une étude québécoise effectuée l’automne dernier sous l’égide de l’Association science et bien commun —et à laquelle l’Agence Science-Presse a apporté une petite contribution— on apprend que pour 30% des répondants, la télé est une source d’information «très importante» sur la science —et pour 40%, elle est une source d’information «assez importante». Pourtant, on ne peut pas dire que la science soit la matière forte de la télé: au Québec, chacune des deux chaînes publiques (Radio-Canada et Télé-Québec) n’offre qu’un seul magazine hebdomadaire (Découverte et Le Code Chastenay). Indéniablement bien faits tous les deux, mais si c’est ça qui suffit à ce que la télé soit qualifiée de «source très importante d’information», on peut s’inquiéter...

De fait, les répondants à ce même sondage pointent comme source d’information préférée la télé qui, avec 54%, se retrouve du coup devant les magazines spécialisées (52%). Même quand on n’isole que les chercheurs (192) qui ont répondu au sondage, la télé reste la source d’information préférée.

Revenons au chiffre de 86% cité plus haut. Qu’est-ce qu’il signifie? Que si ces 86% disaient tous la vérité, les magazines de science —et le site que vous êtes en train de lire— auraient autant de succès que les médias qui mettent Justin Bieber en couverture...