Arrêtons de croire que les maladies contagieuses ont disparu. De l’autre côté de la frontière, elles sont de nouveau à la mode. On se les arrache tels des gadgets à hipsters. Allez, ne boudons pas notre plaisir et accueillons comme il se doit le retour fracassant de la divine Mme Rougeole. Éradiquée sur le territoire étatsunien depuis 2000, elle comptait à la fin mai 288 fans à en être malades selon le Center for Disease Control and Prevention (CDC). Et ce ne sera pas son dernier show.

Si l’Ohio remporte haut la main le titre de champion de l’épidémie de rougeole dans un État américain depuis 1996, ses voisins ne se sont pas empressés de le féliciter. Le Wisconsin, l’Illinois et la Virginie (en plus de l’Ohio) ont montré des signes inquiétants et récents d’épidémies d’oreillons et les cas de coqueluche augmentent depuis plusieurs années.

Mais revenons à Mme Rougeole. Selon le CDC, 90% des cas touchaient des personnes…non vaccinées. 85% de ces dernières ont justifié cette absence de vaccination pour des motifs religieux, philosophiques ou personnels.

Religion? Éclairage: sur les 288 cas de rougeole aux États-Unis, 138 sont survenus en Ohio dans la communauté Amish très réservée —doux euphémisme— quant aux bienfaits de la vaccination. Une transmission contagieuse assurée par le retour de missionnaires amish en provenance des Philippines. Destination explosive pour tout non vacciné. Aux Philippines, une épidémie frappe fort actuellement: 26 000 cas déjà rapportés. Dieu est grand, mais ses pouvoirs anti-contagion sont très, très limités. Enfin, à ce que j’en sais.

Quant aux raisons philosophiques ou personnelles justifiant l’absence de vaccination du genre «l’injection de fluides synthétiques est une atteinte à mon intégrité corporelle», elles amusent un temps avant d’inquiéter. Franchement.

Le mantra puissant de la désinformation

Beaucoup hésitent encore à faire vacciner leurs enfants par excès de confiance (ou la pensée magique, c’est selon). D’après eux, les maladies contagieuses éradiquées par la vaccination ne posent plus de menace concrète. Croiser les stigmates laissés par la rougeole se fait rare au Canada, il est vrai.

Et quand vient le temps de s’informer, nombre d’entre eux appelle leur ami Google plutôt que leur médecin de famille. Internet reste pourtant un joli repaire de croisés anti-vaccination. Leurs armes: désinformation et doute. Redoutables.

De quoi effrayer des parents déjà prompts à protéger leur progéniture du réchauffement climatique, de la salmonelle ou des perturbateurs endocriniens.

En 2011, une étude publiée dans le Public Health Report rappelait amèrement que les parents qui reportaient ou refusaient la vaccination étaient moins enclins que les autres parents (ceux à jour avec la vaccination de leurs enfants) à croire que les vaccins étaient nécessaires pour protéger la santé de leurs enfants (70.1% contre 96.2%), que leurs enfants pourraient être malades s’ils n’étaient pas vaccinés (71.0% contre 90.0%) ou que les vaccins étaient sécuritaires (50.4% contre 84.9%). Ouch…

L’ «effet troupeau» dénoncé

Et à ceux qui freinent des quatre fers à la seule vue d’une aiguille et nous rabâchent les oreilles avec leur sempiternelle «pourquoi faire vacciner mon enfant si la plupart des autres personnes sont vaccinées»?, je réponds toujours «parce que!». Parce qu’aux États-Unis, par exemple on a démontré que les enfants non vaccinés avaient un risque de 22 à 35 fois plus élevé que les enfants vaccinés de contracter la rougeole et un risque six fois plus élevé de contracter la coqueluche. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, non.

Et puis, «les enfants non vaccinés risquent aussi de transmettre des maladies contagieuses aux enfants qui ne peuvent recevoir de vaccin ou à ceux qui ne sont que partiellement immunisés, en particulier les tout-petits», rappelle le ministère québécois de la santé et des services sociaux. Les récentes épidémies au Canada, États-Unis ou France montre qu’une personne non vaccinée met en péril tous les efforts consentis par la communauté sur le plan de la santé publique. C’est clair ou bien ?

En 2011, l’Organisation mondiale de la Santé rapportait 355 000 cas de rougeole dans le monde, dont 158 000 morts. La même année, le CDC rappelait que 90 % des cas détectés sur le territoire américain étaient dus à une importation de la maladie. L’épidémie n’a pas eu lieu car une grande majorité d’Américains étaient vaccinés contre la rougeole.

En 2014, 97% des cas de rougeole sont aussi liés à une infection importée depuis au moins 18 pays. Très contagieuse, la rougeole ne connaît pas les frontières. Eh non, elle n’a pas disparu, elle voyage simplement!