L’automne est l’une des quatre saisons brodées sur mesure pour jouer dehors. Alors, nous revoilà jouant dans les feuilles mortes d’or et de pourpre. Ma fille en remplit ses manches avant de les lancer vers le ciel, tandis que moi je me contente d’y creuser un chemin avec les pieds. Et si c'était le temps d'une petite leçon de science...

Le Québec est sans doute l’un des endroits de la planète les plus merveilleux pour assister à la symphonie colorée des feuillus: des jaunes en bouquets, des oranges en corbeilles et des rouges en paniers, en contraste avec derniers verts de l’été qui ne veut pas mourir.

Attendue, une question se pose au creux de mon oreille: «Dis maman, pourquoi les feuilles changent de couleur à l’automne?». «Ma petite chérie, curieuse de nature comme tu l’es, tu dois bien avoir une piste de réponse, non?». «Pour annoncer que l’hiver est proche?».

Bon, tu n’es pas loin. Le changement de température, les premières gelées et surtout des journées plus courtes activent un phénomène qui fera, à terme, tomber les feuilles. Pour faire simple, il se produit dans l’arbre un signal –la production d’une hormone, l’éthylène– signe que l’été tire à sa fin et qu’il est temps de tirer le rideau vert.

Ce signal va boucher l’alimentation en sève des feuilles. Un bouchon se créé à la jonction de la branche et de la feuille bloquant ainsi son alimentation en eau et en sucre. Elle va survivre quelques temps et, à la fin de ses réserves, la feuille va sécher, puis tomber.

Pour commencer, le vert

«Cela nous explique pas les couleurs. Maman, pourquoi trouve-t-on des feuilles jaunes et rouges?». Place, au petit cours 101 sur la chlorophylle.

Pour parler du jaune et des teintes orangées, il faut bien d’abord parler du vert. «Les feuilles tirent leur belle couleur verte de la chlorophylle, c’est un pigment présent dans toutes les plantes vertes et donc dans les feuilles».

Pas juste une belle coloration, la chlorophylle s’avère essentielle pour l’arbre car elle lui permet de se nourrir par photosynthèse –une réaction permettant de fabriquer du sucre et de l’oxygène sous l’action de la lumière du soleil.

Pour faire fonctionner cette usine intégrée il ne lui suffit que du CO2 (le méchant gaz carbonique), de l’eau et quelques beaux rayons de soleil. Le spectre lumineux sera absorbé par la feuille, sauf le vert qui sera réfléchi durant toute la belle saison.

Ensuite, le jaune

«Alors, pourquoi les feuilles virent-elles au jaune si la chlorophylle est là?» Avec le changement de saison et de température, il va justement être de moins en moins renouvelé. À sa place, apparait un autre pigment le carotène qui réfléchit les beaux jaunes et les teintes d’orange flamboyant.

«Il y a aussi des rouges de feu, pas juste des jaunes». Tu as raison, pour la gamme des rouges apparait alors une autre famille de pigments, nommée «anthocyanes», qui va de l’orange au bleu. Ces colorants très forts en couleur pourraient jouer un rôle de protection pour la feuille –un peu comme un bouclier– lorsque la chlorophylle disparaît.

Faire rougir les arbres

Ces rougeurs automnales touchent les feuillus –érables en tête. Le phénomène varie selon les espèces végétales, la situation géographique et de l’ensoleillement. Du côté des feuillages d’or, vous pourrez admirer la famille des bouleaux, le frêne blanc et le ginkgo biloba –l’arbre aux quarante écus. Si vous aimez les belles teintes de vermillon, il faudra lever la tête vers certains chênes –chêne rouge d’Amérique et chêne écarlate– les liquidambar ou copalme d'Amérique.

Pour te quitter, ma fille. Laisse moi te conter d’où vient l’été des indiens. Cette période tire son nom d’une légende indienne où le Cerf mauvais perdant d’une course aurait blessé son compère l’Ours. Les gouttes de sang auraient éclaboussé la terre et les arbres, qui tous les automnes se parent de vermillon pour rappeler le premier sang versé.

Bonnes promenades en forêts!