« L'état de nos connaissances ne saurait être un supermarché dans lequel on pourrait ne choisir que ce qui nous convient. » C'est en ces termes qu'à la mi-juillet, une lettre ouverte d'un collectif francophone appelé No Fake Science dénonçait les dérapages dans le traitement de l'information scientifique qu'on retrouve hélas trop souvent dans certains médias.

L'Agence Science-Presse ne peut que souscrire à ces reproches qu'elle a elle-même eul'occasion de faire aufil des années. Et nous nous réjouissons du fait que cette lettre émane en majorité de chercheurs, eux dont on a souvent souligné qu'ils étaient troppeu nombreux à prendre position sur la place publique.

Nous sommes toutefois déçus que la lettre ait jugé bon de mettre tous les médias et tous les journalistes dans le même sac. À titre d'exemple, notre journaliste qui couvre la recherche québécoise, Isabelle Burgun, a réalisé plus d'un millier de reportages depuis 20 ans, en plus d'animer une émission de radio hebdomadaire : elle ne considère certainement pas les chercheurs comme « des ennemis », comme le suggère la lettre. En fait, il relève de l'évidence que cette affirmation ne peut s'appliquer aux journalistes scientifiques : en effet, les auteurs ont semblé ignorer qu'il existe une grande différence entre un journaliste généraliste et un journaliste spécialisé en science.

Bien sûr, nous savons que certains des signataires font cette distinction et savent qu'ils ont des alliés dans l'univers médiatique. Mais notre expérience nous dit que malheureusement, sur les quelque 3 000 signataires (en date du 24 juillet) il doit y en avoir un grand nombre qui ignorent l'existence même de cette distinction ou, pire, la connaissent mais la jugent secondaire. Or, là où un dialogue a le plus de chances de commencer, c'est avec des journalistes spécialisés.

L'Agence Science-Presse, un petit média à but non lucratif qui opère au Québec depuis 40 ans, n'est pas étrangère à des dialogues avec des chercheurs : c'est nous qui avons créé, en 2005, les premiers blogues de science de la francophonie ; par ailleurs, un des volets de notre campagne 100LaScience pour la valorisation du journalisme scientifique, en 2016, était une contribution mensuelle de chercheurs sur l'utilité du journalisme ou de la vulgarisation ; enfin, le Détecteur de rumeurs, notre rubrique de « fact-checking », existe en partie grâce à une contribution financière du bureau du scientifique en chef du Québec.

Nous accueillons à bras ouverts leur appel à « (réfléchir) ensemble à la façon de rendre à la science la place qu'elle mérite ». Notre expérience d'agence de presse, et notre expertise dans la lutte à la désinformation acquise à travers le Détecteur de rumeurs, pourraient servir à une conversation fructueuse.