Malgré la pandémie de coronavirus qui bouleverse la planète, la double course vers la Lune et Mars des nations ayant des activités spatiales est peu ralentie.  Deux gros joueurs se démarquent particulièrement dans la conquête de l’espace.  Le programme américain Artemis se donne de nouveaux collaborateurs dont le Canada et l’Europe et, en ce qui concerne les Chinois, ils lancent le 23 novembre dernier une autre mission lunaire.  Plus de trois sondes, dont deux rovers, sont déjà en route vers Mars. 

La NASA a signé en octobre dernier un accord avec plusieurs pays dans le cadre de son retour à la Lune vers 2024.  Le Canada participe au programme américain Artemis en concevant un système robotisé intelligent, le Canadarm3, pour la petite station spatiale circumlunaire portant le nom de Gateway.  De plus, deux technologies canadiennes partiront pour la Lune.  L’entreprise québécoise NGC Aérospatiale Ltée prévoit implanter sur la surface de la Lune un système de positionnement similaire au GPS sur Terre.  Ce système guidera les véhicules lunaires vers un endroit précis et les fera atterrir en toute sécurité.  L’entreprise ontarienne Canadensys Aerospace Corporation développera, lancera et testera une nouvelle caméra à 360 degrés qui captera des images panoramiques de la surface de la Lune.  Des rovers en développement au site de l’Agence spatiale canadienne à Saint-Hubert visent à soutenir des programmes d’exploitations minières sur la Lune. 

La Chine prend les bouchées doubles.  Elle a déjà lancé le 24 novembre dernier la mission lunaire Chang’e 5.  Bien nommée, Chang’e est le nom de la déesse de la Lune dans la mythologie chinoise.  Pour la première fois depuis 1976, la sonde reviendra sur Terre avec des spécimens de sol de la Lune.  Mais contrairement aux sondes russes Luna, Chang’e 5 fera le transfert des spécimens à un orbiteur qui repartira avec eux vers la Terre.  C’est la troisième mission de ce pays à se poser sur la Lune dont sur sa face cachée.  La Chine a décidé de faire poser Chang’e 5 dans une zone plus jeune et jamais exploré par les missions américaines Apollo et russes Luna.  La prochaine mission Chang’e 6 rapportera également des spécimens de sol lunaire mais près du pôle Sud.  La mission suivante, en 2027, décèlera la présence d’eau près du pôle ainsi que le meilleur emplacement d’une base lunaire.   Enfin, avec la fusée Longue-Marche 5b, les Chinois possèdent déjà un lanceur capable d’envoyer une mission humaine vers la Lune.

Du côté européen, l’Agence spatiale européenne (ESA) a confirmé sa participation en octobre en s’impliquant dans la construction de modules pour la station lunaire Gateway et l’envoi de trois spationautes européens autour de la Lune.  L‘astronaute français, Thomas Pesquet, sera de nouveau en service à bord de la future capsule spatiale Orion.   L’ESA fournit déjà deux des modules de la station spatiale lunaire Gateway.  L’un des modules servira d’habitat pour les astronautes et l’autre comme station-service pour les modules d’exploration de la surface lunaire.  Depuis plusieurs années, l’Europe fournira le module de service de la capsule Orion dont la construction et la mise en service est pour bientôt.

Quant à l’agence spatiale russe Roscosmos, son patron Dmitri Rogozine a annoncé en octobre dernier que la Russie ne participera sans doute pas à la construction de la station lunaire Gateway.  Il affirme à l’agence Reuters ‘’la Lunar Gateway dans sa forme actuelle est trop américanocentrée’’.    

Le privé n’est pas en reste

La NASA a donné des contrats de conception et de construction de trois versions d’atterrisseurs à autant de compagnies privées dont SpaceX, Blue Origin et Dynetics pour livraison avant 2024.  Les compagnies privées reliés à l’exploration minière, dont certaines canadiennes, sont tous à planifier des activités sur la Lune dans un avenir plus ou moins rapprochée.

 Trois missions vers Mars en même temps, du jamais vu !

C’est la mission émirative Hope qui a été lancée en premier vers Mars le 19 juillet dernier à bord d’une fusée japonnaise   À l’aide de la production de cartes météo inédites, l’objectif ultime de la mission est de comprendre pourquoi Mars a perdu l’essentiel de son atmosphère.

Les États-Unis et la Chine ont également envoyé vers Mars en juillet chacun leur robot mobile.  La mission du robot Perseverance viendra, après un voyage de six mois vers Mars, compléter la mission actuelle de Curiosity de la NASA.   Le robot mobile explorera le cratère Jezero, riche en roches sédimentaires et son delta à l’embouche très probable d’un ancien fleuve qui se déversait dans un lac.  Ce site est idéal pour retrouver des traces de vie passée alors que l’eau était liquide sur la planète riche en carbone.  ‘’C’est la  seule planète ou l’on a la chance de détecter une forme de vie passée, et plus nous accumulons des connaissances , plus l’endroit est prometteur’’, explique Michel Viso, exobiologiste au Centre national d’étude spatiale française dernièrement à l’AFP. 

Seul effet notable de la pandémie sur la course est le report en 2022 de la mission russo-européenne ExoMars doté du robot de forage  couplé à des problèmes techniques et de programmation de l’atterrisseur du vaisseau russe. 

Comme pour la Lune, chaque nation cherche à s’affirmer comme une puissance scientifique mais aussi spatiale et relié aux plus hautes technologies de l’espace.

Sources : NASA, ASC, ESA, Roscosmos_AFP