Récolter, presser, sécher, monter, coller, identifier, numériser. Recommencer. Voilà le ballet incessant des petites mains délicates de l’Herbier Marie-Victorin. Dans le cadre du 24 heures de science, l’herbier du Jardin botanique de Montréal a ouvert ses portes au public. L’occasion de le visiter, de découvrir de rares spécimens et de comprendre l’importance d’une telle collection.

Ici, les baies vitrées entourent les grandes armoires blanches mobiles alignées où dorment empilés les 635 000 plantes séchées. Avec des conditions constantes de conservation optimales - une température de 17°C et 40 % d’humidité -, les spécimens fragiles sont préservés des moisissures.

Sur la totalité des spécimens végétaux de l’Herbier Marie-Victorin, plus de 20 % sont déjà numérisés et accessibles dans la base de données Canadensys. Ce réseau pancanadien - de chercheurs, de collectionneurs, de conservateurs, d’informaticiens, d’étudiants et d’enseignants - vise à partager l’information sur les plantes, les animaux, les champignons et d’autres espèces au Canada.

Crédits : Antoine Poursuibes
Crédits : Antoine Poursuibes

Les collections biologiques à travers le monde sont actives et de nombreux spécimens continuent d'être récoltés, en plus d’une quantité de données d'observations. « C’est dans le contexte actuel de changements climatiques, de perte de biodiversité et de changement d'utilisation des terres, que ces données deviennent plus qu’importantes », explique Carole Sinou, agente de recherche en biodiversité à l’Herbier Marie-Victorin.

Mme Sinou souligne également l’importance de telles collections biologiques : « elles permettent d'avoir accès à des données historiques, de connaitre la distribution des espèces grâce au géoréférencement, d’étudier les variations morphologiques et d’extraire de l'ADN des spécimens pour des études moléculaires ». Les données récoltées sont en effet utilisées pour différents types d'études : classer les organismes vivants, découvrir de nouvelles espèces, suivre leur évolution temporelle, géographique ainsi que morphologique.

« Par exemple, la chercheure Stéphanie Pellerin et d'autres collègues ont utilisés les spécimens de trilles conservés à l'herbier Marie-Victorin mais collectés aux îles de Boucherville. Le but était d’étudier la variation morphologique entre les trilles actuellement présentes aux îles et celles collectées il y a plusieurs dizaines d’années », raconte Mme Sinou. L’agente de recherche ajoute que l’équipe de chercheurs « s’est rendu compte que la pression de broutage des cerfs de Virginie avait eu une influence sur la morphologie des populations de trilles sur les îles. Sans les spécimens d'herbiers, cette étude n'aurait pu se faire ».

Cependant, pour que les chercheurs puissent tirer profit au maximum de cette collection, 80 % de l’herbier reste encore à être numérisé et intégré dans la base de données. C’est dans cet objectif qu’a eu lieu l’activité : faire participer le public à l’intégration des données et le sensibiliser à l’importance d’une telle collection. Les visiteurs ont alors appris à lire les étiquettes d’herbier et parfois déchiffrer la calligraphie des plus vieux spécimens, pouvant remonter jusqu’au 18e siècle. Une collection dont peut se targuer l’herbier reconnu mondialement et placé au 4ème rang des herbiers canadiens.