Les jeunes d'aujourd'hui auraient les mêmes aspirations que les babyboomers : un emploi régulier, une bonne paye, des congés... bien loin de l'image que l'on a souvent d'eux ! Mais avec ce qu'on leur offre comme précarité, il ne faut pas s'en étonner!

Le sociologue Jacques Hamel, de l'Université de Montréal, s'intéresse depuis près de 20 ans à la jeunesse et son insertion dans le milieu du travail. Après de premières recherches sur les jeunes des années '60 et '80, sa curiosité s'est portée plus récemment sur la "génération numérique": les jeunes, nés entre 1977 et 1997, familiers de l'univers des nouvelles technologies de l'information, des ordinateurs aux jeux vidéo.

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À travers une vaste enquête portant sur les études, les diplômes et l'emploi, l'équipe de recherche a sélectionné 135 "jeunes employés de la nouvelle économie" pour répondre à un sondage en ligne. Ils avaient en commun d'étudier, d'être diplômé et de travailler dans les secteurs de l'informatique, du multimédia et des biotechnologies.

"Nous voulions savoir comment ils vivent cette culture basée sur une grande flexibilité, multipliant les changements d'emplois et d'entreprises. Nous avons découvert beaucoup de précarité, surtout dans le multimédia. Et plus les jeunes vieillissent, plus ils aspirent à des emplois réguliers" explique le Pr Hamel. Les jeunes en informatique seraient aussi très précaires tandis que ceux du secteur des biotechnologies possèdent des emplois plus stables.

Chez les jeunes diplômés, ce nouveau mode de travail basé sur la coopération -"l'image de la table de billard placée au centre de l'entreprise"- la mobilité, la flexibilité est très valorisé. Or, il s'agirait d'un leurre, selon le sociologue. "Il s'agit plus d'un régime de précarité, ce que Pierre Bourdieu appelait la flexpoitation", insiste le sociologue.

Alors que la création d'emplois réguliers s'effrite, que le travail indépendant prend de l'expansion, et que la création d'entreprise est valorisée, les jeunes réalisent que bien que stimulant au début, ce régime de travail dissimule surtout une grande précarité... et des exigences toujours à la hausse! "Cette génération ressemble à la précédente. Les jeunes des années '80 voyaient d'un bon œil la flexibilité et l'idée de rompre avec les syndicats, mais lorsqu'on les consulte dix ans plus tard, le discours change", compare Jacques Hamel. Comme leurs parents, les jeunes finissent par valoriser la stabilité, le 9 à 5 et la protection sociale.

Sans néanmoins devenir des dissidents numériques –une thèse développée par André Gorz, qui soutient que bon nombre des jeunes travailleurs du domaine déçu par leurs conditions de travail finissent par changer de cap complètement– ou de nouveaux adeptes de la simplicité volontaire. "Nous n'en avons pas rencontré au sein de notre étude" dit le sociologue.

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