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La science a démontré depuis longtemps que l’homéopathie ne fonctionne pas. Cela n’empêche pas ses partisans d’invoquer la physique quantique pour justifier son utilisation. Un argument qui ne tient pas la route, a constaté le Détecteur de rumeurs.


À travers cette série spéciale de 8 articles sur les mythes du quantique,
le
Détecteur de rumeurs distingue le vrai du faux dans ce que l’on sait et ce qu’on ignore. 


 

L’homéopathie est née du médecin allemand Samuel Hahnemann, en 1796. Selon sa théorie, pour soigner une maladie, il faudrait avoir recours à un ingrédient qui cause les mêmes symptômes que ceux ressentis par le patient, mais dilué. En fait, plus on dilue l’ingrédient en question, plus il serait censé devenir pénétrant et efficace. Par exemple, un remède homéopathique étiqueté C30 signifie 30 dilutions : il est obtenu en diluant 1 ml de l’ingrédient actif dans 99 ml d’eau ou d’alcool —après quoi, 1 ml du mélange ainsi obtenu est mélangé à nouveau à 99 ml d’eau ou d’alcool et ainsi de suite jusqu’à 30 fois. 

Un remède sans ingrédient

Lorsque Hahnemann a développé cette idée, on ne savait rien de la nature atomique de la matière. Toutefois, en 1909, le physicien Jean Perrin a déterminé la valeur du nombre d’Avogadro, une constante qui permet de connaître le nombre de molécules contenu dans un gramme d’une substance.

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À partir de ce moment, il était donc possible de calculer le nombre de molécules de l’ingrédient actif en question, après le processus de dilution. Mathématiquement, comme l’écrivait le physicien québécois Alain Bonnier en 2014, après 12 dilutions, il ne reste plus aucune molécule de l’ingrédient original. La découverte du nombre d’Avogadro aurait dû logiquement mener à l’effondrement de l’homéopathie, puisque cela démontrait qu’il était impossible que cette approche fonctionne.

La physique quantique à la rescousse

Certains homéopathes croient pourtant que l’homéopathie fonctionne si on utilise la terminologie de la physique quantique. Lors du processus de dilution, disent-ils, les secousses permettraient de créer un « lien permanent » entre les molécules de l’ingrédient actif et les molécules d’eau, grâce aux principes dits d’intrication quantique (lire ici le texte sur le vocabulaire mal employé du quantique).  

L’intrication ne se limiterait pas au niveau moléculaire, ajoutait en 2009 le chimiste et homéopathe Lionel Milgrom. Pour lui, le thérapeute, le patient et le remède homéopathique, seraient eux aussi liés pour former un tout. Milgrom prétendait se baser notamment sur les travaux du physicien quantique autrichien, Anton Zeilinger. Ce que rejetait ce dernier dans une entrevue accordée au quotidien autrichien Süddeutsche Zeitung en 2012 : « le fait qu’un lien soit établi entre [mon] travail et l’homéopathie est scientifiquement infondé ».

De fait, le principe d’intrication quantique tel que défini depuis des décennies s’applique à des particules et non pas à des personnes. Ce phénomène survient lorsqu’une association existe entre deux particules et que cela nous oblige à les considérer comme un système unique, même si elles sont très loin l’une de l’autre, explique-t-on sur la page consacrée à la physique quantique de l’Institut de technologie de Californie (Caltech). Rien que ça devrait suffire à classer l’homéopathie parmi les pseudosciences, écrivaient en 2022 les chercheurs Nikil Mukerji et Edzrd Ernst. 

La « théorie quantique faible »

Cet argument n’empêche pas des homéopathes de continuer d’utiliser la physique quantique pour tenter de justifier leur pratique. À partir de 2001, le parapsychologue Harald Walach a ainsi développé avec les physiciens théoriques Hartmann Römer et Harald Atmanspacher le modèle de la « théorie quantique faible » (Weak Quantum Theory).

Selon Walach, le cadre de la mécanique quantique qu’ils utilisent permettrait d’être utilisé dans un plus grand nombre de situations. Mais il faut pour cela qu’ils laissent tomber plusieurs restrictions, notamment la constante de Planck — pourtant une valeur centrale de la théorie quantique. Le physicien allemand Philippe Leick commentait le tout dans une lettre publiée en 2008 dans la revue Homeopathy : il y soulignait que même si la théorie quantique faible dit être basée sur les mathématiques, celles-ci sont en fait absentes de ce modèle.

Leick remarquait également que plusieurs erreurs avaient été relevées dans les textes de Walach, Weingartner et Milgrom, démontrant une mauvaise compréhension des principes même la physique quantique. Enfin, les chercheurs allemands Nikil Mukerji et Edzrd Ernst concluaient pour leur part en 2022 qu’aucune donnée scientifique n’avait permis de confirmer la validité de la théorie quantique faible et de son application à l’homéopathie. 

Verdict

Prétendre que la physique quantique peut expliquer le fonctionnement de l’homéopathie est le signe d’une mauvaise compréhension de la physique quantique. L’homéopathie continue donc d’être une approche qui n’est soutenue par aucune donnée scientifique.

 

Ce texte est le troisième d’une série sur les mythes du quantique.

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