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C’est un immense réseau souterrain. Une « infrastructure » cachée de tous. Mais ce n’est pas une théorie du complot: bienvenue dans le monde des champignons.

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Ou plus précisément, les champignons mycorhiziens arbusculaires. C’est ainsi qu’on appelle ceux qui colonisent les racines des plantes pour vivre en symbiose avec elles, et qui forment, dans le sol, un gigantesque réseau. Celui-ci a fait l’objet de nombreuses recherches depuis 20 ans, mais des biologistes viennent de compléter la première « carte mondiale » de ces « réseaux mycéliens » (mycélien réfère au mycélium, « l'appareil végétatif filamenteux de nombreux champignons »). Leur travail est paru le 11 juin dans la revue Science

C’est une relation mutuellement bénéfique, dont les premiers pas remontent à 475 millions d’années, et auraient contribué à la colonisation de la terre ferme par les plantes. Le champignon mycorhizien, d’un côté, a besoin de la plante pour s’alimenter en carbone. La plante, elle, se sert de ce réseau pour mieux accéder à l’eau et aux nutriments contenus dans le sol, comme le phosphore et l'azote. Ces réseaux de champignons sont donc en quelque sorte une extension des racines, pour environ 70 % des espèces végétales terrestres, présentes dans la majorité des écosystèmes. 

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Ces chercheurs, regroupés par la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN), ont compilé, avec l’aide de l’IA, les données de 322 études portant sur plus de 16 000 carottes de sol, prélevées à travers le monde.

Tout cela n’est pas juste une curiosité de biologistes: comme le résume le New Scientist, « non seulement ces champignons échangent-ils des nutriments avec les plantes, ils contribuent aussi à réguler notre climat ». 

« Ils sont très importants pour une foule de fonctions différentes de notre planète », explique l’écologiste Justin Stewart, associé à la SPUN —un réseau international créé en 2021— et auteur principal. « Par exemple, ils extraient du carbone du sol —c’est important pour les changements climatiques ».

Pour donner un ordre de grandeur: « Il pourrait y avoir jusqu’à 10 mètres de réseau mycorhizien dans une seule cuillère à thé de sol », ajoute-t-il. 

Tout cela confirme, au passage, que ce réseau fait lui aussi face à des menaces. Sa densité dans les terres agricoles est désormais réduite de près de moitié: 47% moins que dans les écosystèmes non cultivés. D’une part, il y a bien sûr les fongicides, qui tuent les champignons. D’autre part, une hypothèse veut que le labourage contribuerait à briser ce réseau. 

Mais une carte de cette ampleur apporte des bénéfices: on peut quantifier les pertes, et surtout, on peut cibler les lieux critiques où il serait nécessaire d’intervenir pour reconstruire cette biomasse de champignons. Ou pour proposer des stratégies aux fermiers pour ajuster leurs pratiques et limiter les dégâts.

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