Des chercheurs du Minnesota ont déclaré récemment avoir fabriqué la première cellule synthétique qui peut se nourrir, croître, transmettre son matériel génétique et se diviser. Les scientifiques sont toutefois loin d’avoir créé la vie en laboratoire.
Le premier juillet dernier, l’Université du Minnesota annonçait qu’une équipe de chercheurs avait construit la première cellule synthétique au monde, une réussite qui pourrait, selon eux, révolutionner la bio-ingénierie. Surnommée SpudCell, cette cellule fabriquée en laboratoire serait la première à compléter un cycle de vie entier, explique la journaliste K. R. Callaway dans un article du New York Times.
Mais de quoi peut bien avoir l’air une cellule synthétique? Dans la revue Science, la journaliste Kai Kupferschmidt décrit cette nouvelle création comme une gouttelette d’eau microscopique entourée d’une membrane de lipides qui contient des morceaux d’ADN codant pour 36 gènes.
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Pour lui permettre de se nourrir, les chercheurs ont intégré des gènes permettant de produire des récepteurs à la surface de la gouttelette qui peuvent ensuite s’attacher à des vésicules contenant les enzymes et les molécules dont elle a besoin pour fonctionner. La cellule possède également un autre type de récepteur qui lui permet de se diviser en deux parties symétriques.
Encore bien loin d’une cellule vivante
Comme le souligne toutefois Michael Le Page dans un article publié dans le New Scientist, SpudCell parvient à répliquer son ADN de façon primitive, mais elle a besoin de beaucoup d’aide extérieure pour y arriver.
Par exemple, lors de la division cellulaire, les chercheurs doivent manuellement séparer les cellules, peut-on lire dans Science. De plus, le transfert du matériel génétique est très inefficace : seulement 30 % des cellules synthétiques contiennent toujours le génome complet après 5 divisions.
Par ailleurs, SpudCell ne peut pas produire ses propres ribosomes, remarque-t-on dans le New York Times. Dans une cellule vivante, les ribosomes sont responsables de produire les protéines. Les chercheurs doivent les fournir eux-mêmes à SpudCell. Et comme ceux-ci se dégradent avec le temps, la cellule synthétique ne peut généralement pas dépasser cinq rondes de division cellulaire, explique-t-on dans le New Scientist.
SpudCell n’est donc pas autosuffisante, une caractéristique essentielle à la vie, telle que la définit la NASA.
Des résultats à confirmer
Selon l’article du magazine Science, l’équipe du Minnesota aurait fait parvenir une proposition d’article à la revue scientifique Cell, mais celle-ci aurait été rejetée sous prétexte qu’il ne s’agissait pas de vraie biologie. Les chercheurs auraient donc choisi d’envoyer d’abord leur manuscrit aux journalistes, pour ensuite le rendre public sur la plateforme de prépublication bioRxiv.
Cette façon de faire est inhabituelle dans le monde scientifique. Un chercheur allemand interrogé par Science affirmait d’ailleurs que ces résultats allaient devoir faire l’objet d’une réelle révision par les pairs.
Cependant, si les résultats annoncés par l’équipe du Minnesota sont confirmés, SpudCell pourrait être un bon point de départ pour éventuellement créer une vraie cellule synthétique. Ce type d’outil pourrait ensuite être utile pour les scientifiques qui tentent de mieux comprendre le fonctionnement des cellules vivantes, souligne-t-on dans le New York Times.





