Le meilleur exercice que vous ne faites pas: marcher à reculons, a affirmé en manchette le magazine Time. D’autres médias et des sites de santé ont affirmé la même chose. Que ce soit dans la rue ou sur un tapis roulant, les bénéfices pour la santé seraient nombreux. Le Détecteur de rumeurs et l’Organisation pour la science et la société constatent toutefois que les données sont plutôt maigres.
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Les origines de la rumeur
Pour certains, s’entraîner à marcher à reculons est une nécessité : la boxe et autres arts martiaux impliquent souvent des déplacements dans de multiples directions sans compromettre notre équilibre. De même, on a mesuré que les arbitres au soccer passent en moyenne 16% de leur temps à marcher à reculons.
Même si votre entraînement ne nécessite pas ce type de déplacement étrange, les muscles qui sont impliqués sont différents d’une marche normale, et votre équilibre est mis au défi. De plus, marcher à reculons nous fait dépenser plus de calories : en 1997, une équipe du New Jersey avait mesuré le pouls et la consommation d’oxygène de 17 participants adultes qui marchaient vers l’avant ou vers l’arrière, et ces indicateurs étaient significativement plus élevés lors de la marche à reculons.
Les faits
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La marche à reculons a ses origines dans la physiothérapie. Plusieurs de ces praticiens ont proclamé les bénéfices de cette marche pour la réadaptation des patients ayant une arthrose du genou, la maladie de Parkinson, la paralysie cérébrale ou un AVC. Et c’est en physio que l’on trouve la majorité des articles scientifiques sur la marche à reculons.
Mais il s’agit le plus souvent d‘études sur de très petits groupes, sans suivis des retombées à long terme, avec des méthodologies trop variées pour qu’on puisse tirer des conclusions claires.
Une équipe brésilienne a résumé les données des bénéfices pour la paralysie cérébrale comme ceci : « il est décevant de constater que les tout derniers essais cliniques ne sont pas de haute qualité méthodologique et qu’ils n’incluent pas d’échantillons larges. C’est-à-dire que les contraintes identifiées dans les résumés scientifiques antérieurs [publiés quatre ans plus tôt] n’ont pas été rectifiées dans les essais récents. »
Plusieurs de ces études ont aussi un problème important : la marche à reculons a été ajoutée à un programme de physiothérapie régulier. Ce qui revient à dire que les participants ont été assignés, de manière aléatoire, soit à un groupe témoin (physio normale), soit à un groupe expérimental (physio normale et marche à reculons).
Résultat, ces derniers ont reçu une intervention plus longue que ceux du groupe témoin. Les bénéfices rapportés dans le groupe expérimental pourraient donc être dus à la marche à reculons… mais ils pourraient tout aussi bien provenir de ce qu’ils ont fait des exercices pendant une plus longue période de temps.
Un examen global des données publié en 2024, qui s’est penché sur les études ayant testé la marche à reculons pour améliorer la vitesse à laquelle les victimes d’AVC peuvent se déplacer, est parvenu à une conclusion déconcertante. Lorsque la marche à reculons était confrontée à la marche régulière lors de la réadaptation, elle émergeait victorieuse. Après leur entraînement, les gens ayant souffert d’un AVC pouvaient marcher normalement à un rythme plus rapide. Mais lorsque la marche à reculons faisait partie d’un entraînement qui incluait aussi la marche régulière, ce bénéfice disparaissait complètement.
Des risques?
En l’an 2000, des médecins ont publié un avertissement. Ils mentionnaient deux patients qui avaient été entraînés à marcher à reculons et qui en avaient souffert des conséquences : un homme âgé était tombé d’une poutre sur laquelle il marchait lors de sa réadaptation et sa hanche s’était fracturée, alors qu’une dame âgée avait trébuché sur le tapis roulant sur lequel elle marchait à reculons, était tombée et avait aggravé sa condition physique.
Ces médecins ont remarqué que de n’avoir qu’un seul physio lors de ces séances n’est pas suffisant : lorsque le patient trébuche, il est déjà trop tard. Ils recommandent au moins deux thérapeutes, ou bien l’utilisation de barres parallèles ou d’un dispositif de suspension si la marche à reculons est jugée essentielle. Mais ce type d’entraînement, poursuivaient les médecins, n’est censé servir qu’aux gens qui en ont un besoin spécifique —par exemple, ceux qui font de l'art martial ou les arbitres de soccer.
Cet article est une adaptation du texte en anglais de Jonathan Jarry publié sur le site de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.




