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L’espérance de vie aux États-Unis est une anomalie : c’était déjà, dans les années 2010, le seul des pays riches où ce chiffre stagnait. Mais l’écart avec le reste du monde continue de s’accroître.

Alors qu’en 1980, seulement 13 pays avec une population de plus d’un million avaient une espérance de vie supérieure à celle des États-Unis, il y en avait 37 en 2023. Et le problème est encore plus étonnant lorsqu’on considère le risque de mourir avant l’âge de 40 ans : il est moins élevé dans 60 pays qu’aux États-Unis.

Ces comparaisons proviennent d’une analyse d’un chercheur en politiques de la santé à l’École de médecine de l’Université Virginia Commonwealth, publiée le 23 septembre. Il s’est appuyé entre autres sur des données allant de 1999 à 2023 du Centre de contrôle des maladies —l’agence gouvernementale américaine chargée d’un suivi de la santé— et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), qui rassemble les pays les plus riches de la planète. L’auteur ne s’est pas seulement intéressé aux courbes, mais aux causes de décès dans les différents pays, et par tranches d’âge. 

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Avec une espérance de vie à la naissance (selon l’estimation des Nations unies) de 79 ans en 2023 (contre 82,6 ans au Canada et 83,3 ans en France), cela place tout de même les États-Unis très loin au-dessus des pays les plus pauvres de la planète, où les chiffres oscillent entre 55 et 60 ans. Mais ça montre une courbe qui, d’année en année, stagne ou diminue, alors qu’elle continue d’augmenter ailleurs. 

L’anomalie —considérant qu’on parle du pays le plus riche du monde— avait notamment été soulignée pendant la COVID : les observateurs n’avaient tout d’abord pas été surpris du léger recul de l’espérance de vie en 2020, les décès de la COVID ayant eu leur impact sur la moyenne générale. Mais avec l’expérience acquise auprès des populations plus vulnérables et surtout, avec l’effet protecteur des vaccins, les experts s’attendaient à un retour à la normale en 2022. Or, ce qui avait été sous-estimé, c’était à quel point, d’une part, la COVID continuerait de frapper très fort —les États-Unis ont eu par moments le plus haut taux de décès des pays riches— et d’autre part, à quel point les décès par surdoses d’opioïdes continueraient d’augmenter. 

Ce dernier facteur est pointé du doigt dans la nouvelle étude. Le fait que le plus fort déclin de l’espérance de vie soit chez les 25-44 ans (une augmentation du taux de décès de 71% entre 2010 et 2021) peut être attribué principalement, écrit l’auteur Steven Woolf, aux surdoses. Mais aussi à des maladies survenant plus tôt qu’auparavant: celles liées à l’hypertension, à des troubles métaboliques et à l’alcoolisme. Chez les plus jeunes (24 ans et moins), on note une hausse des décès causés par des maladies infantiles ou même par des suicides. 

Mais au-delà de ces facteurs, Woolf, qui avait publié en 2023 une autre étude faisant les mêmes constats, émet l’hypothèse qu’il existe deux facteurs « systémiques » qui distinguent peut-être les États-Unis. L’une, c’est l’absence d’un système universel d’assurance-maladie, qui fait de ce pays une anomalie en soi parmi les pays riches. L’autre, c’est la croissance de la pauvreté, les inégalités sociales étant encore plus marquées dans ce pays que dans plusieurs autres : or, avec la pauvreté vient moins d’accès aux soins de santé, une moins bonne alimentation et de moins bonnes conditions de vie en général. 

Une façon plus concrète de voir tout cela est de ne pas regarder les pourcentages de décès, mais les risques qui se posent pour les gens encore vivants : comme l’écrit Woolf, ces facteurs « menacent les probabilités pour un jeune de survivre jusqu’à un âge avancé, ou même jusqu’à l’âge adulte ».

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