Bande de crétins! Je sais, ce n'est pas bien d'utiliser les gros mots. Mais je ne peux me retenir après ce que j'ai entendu ce matin. Comme je l'ai dit dans mon billet précédent, j'ai passé la journée à la session sur la vulgarisation scientifique et les interactions entre les scientifiques et le public.

Une des premières présentations de la journée fut donnée par le professeur Brian Alters de l'Université McGill et portait sur la montée du créationnisme. Cette doctrine religieuse, qui prétend que l'univers a été créé d'un coup, il y a un peu plus de 6000 ans, s'attaque depuis longtemps à la théorie de l'évolution. Dans plusieurs états américains, les créationnistes ont réussi à imposer, au fil des années, que leur point de vue soit présenté sur un pied d'égalité avec la théorie de l'évolution dans les cours de biologie. C'est de la pure connerie, bien sûr : la théorie de l'évolution est aussi solide que la théorie de la relativité ou de mécanique quantique et elle a été démontrée à maintes reprises depuis 150 ans alors qu'il n'y a aucune évidence scientifique pour le créationnisme.

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Pour moi, toute cette discussion était toutefois un peu académique, car j'étais certain que le Québec et le Canada étaient à l'abri des exigences d'un tel mouvement religieux rétrograde. Quelle surprise d'apprendre que je suis dans les patates! Les créationnistes font rapidement du progrès au Canada anglais et pourraient donc retontir au Québec beaucoup plus rapidement qu'on ne le pense. Ainsi, un musée du dessein intelligent (une expression codée pour décrire le créationnisme) a ouvert ses portes en Alberta il y a quelques jours seulement. C'est une petite exposition tordue, mais qui indique bien que la communauté fondamentaliste commence à se faire entendre au Canada (n'oublions pas que le premier ministre Stephen Harper fait aussi partie d'une secte fondamentaliste).

Mais il y a pire, et c'est la raison de mon titre un peu brutal : certains de mes collègues en lettres et en sciences humaines font preuve d'un manque total de jugement face à ce mouvement et démontrent une bêtise profonde quand il s'agit de discuter de science.

Tout a commencé lorsque Brian Alters a soumis une demande de subvention au Conseil de recherches en sciences humaines du Canada — un organisme fédéral dont le but est de subventionner la recherche dans ce domaine au Canada — afin d'étudier l'impact du mouvement créationniste au pays. Alters s'est vu refuser la subvention, ce qui en soit n'est pas un drame, car le taux de succès est assez faible au CRSHC. Le vrai scandale est dans les raisons invoquées par les membres du jury de sélection pour rejeter la demande. Celui-ci dit, en effet, que les preuves manquent pour affirmer que c'est la théorie de l'évolution qui est vraie, et non pas le créationnisme! Oui, vous avez bien lu. Des chercheurs universitaires (en sciences humaines, il est vrai) ne sont même pas capables de comprendre les bases de la méthode scientifique! Pire, la haute administration du Conseil de recherches a appuyé l'affirmation des membres du comité de sélection et a refusé de reconnaître que le créationnisme est de la pseudoscience. En fait, Janet Halliwell, vice-présidente exécutive de l'organisme, a affirmé, pour se défendre, qu'il existait des phénomènes ne pouvant être expliqués par « les théories actuelles de l'évolution ».

Bande de crétins!

Pour plus d'info, vous pouvez lire, en anglais, une article tiré de The Gazette: Prof denied grant over evolution

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